L’âme double

 

Non seulement je ne sais plus qui je suis, mais je ne sais pas ce que je veux. Je ne savais plus qui j’étais, c’est passé, je m’en fous. J’ai pu être tant de personnes ! D’y penser me donne le tournis. Tournez, valsez, au son des valses de Vienne… Advienne que pourra et vienne qui voudra. 

…Qui voudra de moi
pour lui faire un collier de mes deux bras
et l’emmener le soir vous dire bonsoir
bonsoir et puis aussi merci.
(source)

 

Paumé 

« L’ordre est la vertu des médiocres », un dicton italien qui m’a consolé souvent de mon désordre intérieur. Affreux. Le spectacle est permanent. Pour un peu, je ferais payer l’entrée. Je déconne, on ne visite pas. Pas en ce moment. C’est trop le boxon.

Avant j’avais une âme, partie divine de mon être total. Elle n’était pas tout le temps là, je ne comprenais pas toujours ce qu’elle attendait de moi. À présent elle s’est incarnée. J’avais une âme, je suis une âme. Je suis paumé. Quand mon âme s’est incarnée, elle a disparu. Se dissout à jamais. Elle s’est dissoute en moi pour devenir mon double. C’est alors que je me suis perdu de vue.

 

Doublé 

Sur l’arcane 16, on voit clairement le moi recraché par le soleil. Il tombe sur les mains au pied de la Tour du Corps.  Devant elle.

À demi caché par cette Tour de Vie, ce personnage de la Maison Dieu me ressemble tant ! Je suis devenu lui, il m’a pris.

Là, il restait encore en arrière plan, à peine visible.

Au fil des arcanes suivants, il s’étoffe. Le second rôle qu’il était a pris de l’assurance à mesure que j’en ai perdu.

Puis il est devenu le chef. D’abord il commande. Puis il agit sans moi sur moi.

Pas besoin de lui obéir, il tient les commandes.

 

Piloté 

Je devrais me réjouir, ma souffrance a pris fin. Il était l’autre, il est moi. Mon vieux moi s’en va, je suis l’autre.

Il y a quelqu’un de sûr au poste de pilotage. Il sait, lui. J’étais perdu depuis ma naissance.

Étonné de tout, je comprenais tout de travers. Maintenant je ne comprends rien.

J’erre à tâtons dans non-monde absurde, égoïste, mesquin.

Un bon guide est le bienvenu. Le mieux venu.

Il y a une seule façon d’être mort et des centaines de mourir.

Bertrand Tavernier

 

Amon Ra ramonera tant que tu t’en iras

Piraté 

Eh oui, je fais la gueule. On n’est jamais content. Cet effacement du moi est dur à avaler. Tant que le moi était là sous ma peau, il me faisait faire des tas de conneries, ça oui. Mais c’était moi. Maintenant je ne fais plus de connerie : je ne fais plus rien. C’est lui qui agit, mon pilote. 

Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. L’ego est une plaie vive. On veut s’en débarrasser, mais quand ça arrive en vrai, on se sent tout con. On se sent même plus du tout. Le double m’a bouffé. C’est LUI qui sait, LUI qui fait, LUI qui est. Pourtant je vis toujours. Mais si jamais IL me lâche –ça arrive– je panique total. Je ne peux plus me passer de LUI, mon double qui m’a doublé facile et qui me double à chaque instant.

 

Effacé 

Qu’est-ce qui reste après l’effacement ? Que vivre encore sans ce corps qui LUI appartient ? Tout est sien, rien n’est mien. Sans doute est-ce voulu. Quand on a presque disparu, quand on est moins que nu, on ne s’accroche plus. La disparition finale est là, je n’y suis plus depuis longtemps déjà. 

 

Mon tarot

 

Passant du Jugement au Monde ou Fol Le Mat est encore bien loin 
(à suivre ???)

 

Il est indispensable que l’humanité formule un nouveau mode de pensée si elle veut survivre et atteindre un plan plus élevé.
Albert Einstein