Parole d’âme

Postulat : Chaque être humain est une contrepartie physique d’une âme immortelle, probablement éternelle. C’est ce que j’imaginais, sans en être tout à fait sûr. Il fallait qu’une âme m’éclaire et c’est arrivé. J’en connais une qui m’a laissé ce message.

« Bonjour Xavier, je suis ton âme. Je vais te raconter ma journée. Ça va prendre un moment. Dans le monde éternel,  chaque jour dure une éternité. Mais toi, le vieux monsieur tout seul, ce n’est pas le temps qui te manque non plus.

« D’abord il faut que je te dise. J’anime plusieurs corps. Je sais, ça peut surprendre. Comme tout le monde, tu crois que tu as une âme qui n’appartient qu’à toi. C’est totalement faux.

« Personne ne peut AVOIR une âme. Être une âme, oui, c’est possible quand on est au bout du chemin. « Ton » âme c’est ton pays. Tu sais qu’il ne t’appartient pas, même si c’est le tien. Tu ne fais que l’habiter. Et l’aimer. Mais tu n’es pas le seul. Des millions d’autres « toi » partagent ce privilège. Pareil pour ton âme.

L’âme est plurielle

« Je ne dis pas qu’une seule âme peut gérer des millions d’êtres. Si elle le fait, on ne l’appelle plus une âme mais un égrégore. Les espèces végétales ou animales sont gérées par des égrégores. Chaque sujet possède un ressenti individuel et une conscience propre qui sont tous deux reliés à l’égrégore de l’espèce. Tout ce qui arrive à l’un des sujets est partagé par l’espèce.

« Mon boulot quotidien ressemble à ça. Je ne peux pas te dire combien de corps j’anime, secret professionnel. Ce genre de connaissance n’est accessible qu’à l’initié. Qu’est-ce qu’un initié ? Le croyant parle à son âme qu’il appelle Dieu. Elle reste silencieuse. Quand son âme lui parle enfin, il se prend pour un élu qui a entendu la parole divine.

« L’initié ne parle pas à son âme. C’est elle qui lui parle. Il l’écoute sans discontinuer. Grâce à ses précieux conseils, l’initié est avisé et protégé en toutes circonstances. Il y a aussi le grand initié qui n’a plus à se soucier de rien. Il sait que ce n’est pas lui qui conduit sa voiture mais il aime ça. Il se laisse conduire en bénissant le pilote.

« Il y a encore les maîtres ascensionnés, mais ça c’est du vent. Un cocktail de vrais sages du passé et de gourous bidons du présent. Marketing spirituel de la pire espèce. Et encore, si l’un d’eux décrit son ascension, on pige tout de suite que c’est juste un de ces gaziers qui s’est fait enlever par des aliens. Oui, je sais, ça craint. Mais on ne peut pas empêcher ces traumatisés de se prendre pour des élus, encore un coup.

« Attention, je ne juge pas, je dis ce que je pense. Désolée. Mon boulot d’âme n’est pas un métier de chien. Je ne donne pas de bons points. Je ne distribue pas d’heures de colle. C’est le taf de la conscience et je lui laisse bien volontiers. La malheureuse n’a pas besoin de mon aide pour se prendre les pieds dans le tapis.

« Moi je dois animer, chacun son taf. Je dois animer du beau monde ici et là, des braves gens à des années-lumières les uns des autres, des pauvres types de partout, tous en même temps, les beaux, les forts, les doux et toi par-dessus le marché, pas le temps de chômer. Quoique si, le temps. De chômer comme le reste. J’ai tout le temps devant moi.

« Comment je fais ? J’allais dire comme je peux, mais ça c’est bon pour vous, les mortels. Les immortels ont d’autres façons. Je ne fais jamais comme je peux, c’est trop peu. Je fais au mieux. Tout le temps, parce que je l’ai.

« Je fais au mieux et ça ne me demande pas d’effort particulier. Tout coule de source pour une âme. Mais comment gérer tant d’êtres issus d’époques, de monde et de milieu différents ? Facile. Je me contente d’être moi-même. C’est si difficile pour un mortel et si facile pour une âme. 

Âme et conscience

« Et puis il y a un truc : les corps que j’anime ont tous un petit air de famille. Ils appartiennent tous à la même lignée astrale, la mienne. Eh oui, je suis ta maman mon grand. Je veille sur toi. Pourtant je ne peux pas t’empêcher de faire des conneries, parce que c’est le rôle de ta conscience qui n’y arrive pas non plus.

« Ton âme est amour. Elle ne te juge pas. Juge-t-on ceux qu’on aime ? Non. On les aide quand ils peinent, on les soutient quand ils souffrent, on les soigne quand ils sont malades. C’est ce que je fais. Mais tu ne saisis pas toujours la pertinence de mes intentions. Je vois ton futur comme ton nez au milieu de la figure.

« Ton âme est ton refuge. Pense à l’amour de ta maman. Si tu en as manqué, ton âme compensera. Elle sera toujours là pour toi dès que tu la percevras. Ça ne tient qu’à toi. Accueillir ton âme est l’événement le plus important qui puisse t’arriver. Tu l’as fait dès l’enfance, éveillé de bonne heure tu ignores encore ta chance, tu ne connais pas ton bonheur.

« Certains êtres refusent l’évidence. Ils se croient robots, zombis, humanoïdes logico-chimiques ou je ne sais quoi d’autre. J’ai toutes les peines du monde à renverser leurs paravents. Ils mourront machinalement, on les pleurera pareil. Que reste-t-il de la matière du corps ? Elle se corrompt, elle pourrit, elle se sépare en éléments que le cycle de la vie minuscule recyclera bientôt.

L’après-vie

« Que reste-t-il de la conscience ? Elle accompagne le défunt dans le grand tunnel semé d’étoiles qui devient de plus en plus lumineux au fur et à mesure de sa progression vers le centre galactique. Les étoiles de plus en plus proches, leur lumière de plus en plus dense créent cette chape ultra-lumineuse qui déferle sur le défunt par nappes successives, bordées d’ombre, zébrées d’éclairs magnétiques.

« Tout se concentre, même la lumière. Tout s’accélère, le défunt est toujours conscient. Le trou noir massif du centre galactique est de plus en plus attractif, la vitesse du défunt s’accélère et sa conscience grossit à mesure, elle se dilate infiniment, faisant apparaître même les souvenirs masqués cachés dans l’inconscient.

« Et vient l’effusion terminale, la rencontre fusionnelle avec l’être de lumière. C’est le nom que certains d’entre vous lui donnent. D’autres l’appellent le bec de l’Aigle. Ceux-là tu les connais bien, mon Xavier. J’ai bien peur que Carlito t’ait bouffé la tête. Mais bon, il y a pire comme lecture.

« Tout ce que tu es se dissout dans le ventre de l’Aigle. Tout ce que tu as été est arraché à toi, mis à plat, dévoré et digéré par l’Aigle. Tu entres dans la lumière absolue à mesure que ta conscience s’efface. Et dans un éclat de plus en plus lumineux tu n’es plus rien, tandis que ta conscience vient enrichir la conscience collective, qui nourrit les êtres futurs et enrichit les données des annales akashiques.

« Quand un des corps que j’anime vient à disparaître ainsi, ma journée n’est pas finie pour autant. L’âme n’est pas la conscience. Rien ne peut dissoudre l’âme immortelle, personne ne peut la faire disparaître. Les diables se vantent de pouvoir les asservir et dans les ténèbres les lier. Mais cette éternité-là ne tient pas la distance. Elle fond comme neige au soleil et l’âme retrouve sa liberté de mouvement.

Nos vies intérieures

« D’autres combats l’attendent, d’autres victoires mais pas de défaites. Rien n’est jamais tout à fait fini à mes yeux. Le pouvoir de ton esprit est infini, imagine le mien. Tu te demandes si je passe mon éternité à m’occuper de l’un ou l’autre mortel. Ça me ferait mal. J’ai moi aussi des obligations persos. Des êtres plus purs, plus lumineux que moi descendent pour m’instruire. On n’en sait jamais trop. Il y a tant de mystères encore à découvrir, même quand on vit comme moi depuis toujours.

« Quand tu as passé ton arcane XIII, tu as retrouvé de nombreuses vies antérieures, ou plutôt des morts antérieures; toujours violentes, douloureuses. Flornoy te traitait de touriste astral tellement ça t’a plu. Tu y es retourné à maintes reprises pendant les dix ans qui ont suivi. C’est même cette gymnastique qui t’a amené à voyager sur la ligne de temps. Seulement quelque chose est arrivé. Une chose étrange. Les morts violentes que tu avais vécu pendant l’arcane XIII se sont évaporées. En fait toutes ces vies semblaient se dérouler en même temps que la tienne, mais à une autre époque, en d’autres lieux.

Ecoute ton corps. Il sait. (Jean-Claude Flornoy)

« Les morts ont disparues parce que ces vies ne sont pas finies. Tu as pu les trouver en passant par moi. Toutes ces vies sont quelques-uns des avatars que je gère dans différents espaces-temps. Ce ne sont pas des vies antérieures. La notion d’antériorité ne signifie rien du tout en astral. Pas de temps dans l’éternité, pas d’antériorité, pas d’éloignement non plus, puisque pas d’espace. Tout se joue ici et maintenant.

« Tu as trouvé ces autres états de toi-même en passant par les sentiers de ton âme. Tu as trouvé ces multiples vies intérieures en bougeant – oh très peu – ton point d’assemblage. Tu as décalé cette lueur intense quelque part dans ta luminosité. Chouya. Tu es si ému quand l’euphorie te transporte, tu remercies le Vivant, tu rends grâce à l’Esprit.

« Tu es convaincu que l’Esprit peut tout. Là encore tu te trompes. Que ferait l’Esprit sans le secours de ton âme ? »

On se le demande.

 

Le hasard n’existe pas. Tout ce qui arrive est voulu.
Bouddha