Les Quatre Royaumes

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La cent-trente cinquième année du règne de Lugh -jusqu’alors paisible et florissant- fut marquée par une série d’événements climatiques de mauvais augure. L’hiver dévora le printemps, il neigea jusqu’en juillet et cet été-là, les rosiers ne donnèrent aucune fleur.

A l’automne, de fortes chaleurs vinrent à bout des neiges éternelles qui couronnent le Mont Edin en Ecosse. L’eau vint à manquer tout à fait. Dans le lit desséché des rivières, les poissons morts empuantissaient la plaine. Alors tomba la Grande Nuit. Dans l’épaisse ténèbre qui couvrit la Terre du Milieu, les guerriers les plus braves tremblaient de terreur. 

Or la terre, à son tour, se mit à trembler. Un sourd grondement monta de ses entrailles – gorge qui s’ouvre sous la lame et qui gargouille, lugubre – profonde gorge d’un dieu mort. Yaou fut le cri d’agonie qui s’éleva des profondeurs. Yaou a vécu, Yaou n’est plus.

Mais dans sa chute il emporte la Terre du Milieu. Au cri fatal de Yaou, un séisme affreux tranche en deux l’Ile des Quatre Maîtres. Ainsi périt l’antique Sidherin, ancêtre oublié de l’île d’Erin.Irlande

Parmi les éclairs et les hurlements d’effroi, c’est bientôt toute la Terre du Milieu qui s’abîme dans la Mer du Nord. Le mage Rekyn Ea prétend qu’elle n’est pas au fond de l’onde, mais en haut du ciel. Il soutient que la Terre de Milieu a pris son vol dans les étoiles, et qu’elle reviendra quelque jour.

Dans la nuit glaciale, les blessés ne se comptaient plus, nul d’ailleurs ne s’en souciait, les morts noyaient les morts, l’espoir avait quitté nos rangs. Les capitaines et les druides s’étaient rassemblés sur le Mont Edin. 

Là, le Vent d’Ouest les a emporté sur la Forteresse du Soleil où réside le grand Lugh. « Mes frères, esprits parfaits, mes chers amis, commença-t-il. La Déesse a fait de vous les guides et les soutiens du Peuple de la Pierre. Les valeurs sacrées de Notre Mère s’incarnent en vous et se renouvellent dans vos actes. 

Esprits parfaits, c’est à vous que revient la décision : où conduirons-nous nos gens ?A qui confierons-nous le destin des nôtres ? » 

Pour Lugh, il est clair que cette terre d’Ecosse ne peut héberger qu’un seul royaume, autour du Mont Eden ou Edin – aujourd’hui Edinbourg. 

Un autre royaume pourra ériger sa capitale vers le nord, au bout de la grande plaine. Elle sera cerclée de canaux, à l’image de Poséïdopolis, capitale d’Atlantide. Sa flotte courra toutes les mers pour rapporter diamants, épices et autres merveilles lointaines, et sa renommée sera sans égale. On aura reconnu Amsterdam.

 

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Un troisième enfin autour du plateau de Nazado, en Haute Bretagne. Sa capitale est aujourd’hui engloutie au large d’Erquy, jadis nommé Réky Néa.

Le quatrième est à venir, loin dans la terre continentale s’élèvera sa capitale, dédiée à la Déesse comme le fut Ys – la noble cité d’Isis, engloutie gens et biens par la furie de la mer d’Iroise. Cette nouvelle Ys des terres fermes sera semblable à la première en splendeur et richesse, aussi la nommera-t-on Par-Is, pareille à Isis.

Mais les Quatre-Royaumes n’existent encore que dans le Sidhe. Et dans la volonté de Lugh le Grand.

« Mes frères, esprits parfaits, vous qui voyez le terme et l’avenue, pourquoi vous dire que les royaumes seront long à s’incarner sur ce plan ? Vous le savez trop bien. Dans les forêts, dans les cavernes des montagnes, nos ennemis guettent, prompts à saisir nos moindres défaillances. 

Des périodes troublées sont là, avec leur lot de famines et d’épidémies. Elles ne disparaîtront pas avec le retour de la lumière, bien au contraire. En de telles extrémités, l’illustre tradition de nos aînés est facile à suivre. Quand leur terre fut menacée, l’exil et l’aventure lointaine furent leur réponse : c’est notre solution.

Mais où porter nos pas ? Quel cap à suivre ? A qui allons-nous confier tous les espoirs de la Terre du Milieu ? Qui aura la glorieuse et difficile charge de conduire notre peuple éprouvé vers un nouvel empire ? Mes chers amis, voilà ce qu’il nous faut décider. »

Un silence vaste comme la mort envahit la salle du conseil. Au terme d’une longue fraction d’éternité, se lève Ar Korn, fils d’Ar Dorn. Autour de son cou de taureau, Ar Gorn porte la corne d’auroch qui lui vaut son nom. Et sur la corne est gravée At Torn, la Main Ouverte qui valut le nom de son père.

« O Lugh ! lança-t-il face à l’assemblée des Parfaits. O mes frères Parfaits, fils du Soleil et de la Pierre ! »

 

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Ici s’arrête le manuscrit d’Ar-Korn, que Tolkien appelle Aragorn. Depuis 2009, malgré mes recherches actives, je n’ai pu trouver la fin de ce texte prometteur. Et pourtant j’en ai compulsé des archives, fonds de tiroirs, délires virtuels ! J’en ai débusqué des plagiaires, des pseudo-faux, pastiches et mélanges !

Sans compter les allusions aux Quatre-Royaumes, venant des auteurs les plus variés. Mais de mon manuscrit et de sa fin manquante, nulle trace …sauf bien entendu aux Annales Akashiques.

Que mes lecteurs se rassurent, je n’ai pas l’intention de les laisser en plan. La suite de l’histoire est connue. La voici donc. Le nouveau gouvernement du monde serait remis aux quatre fils de Lugh, qui sont Setanta dit Cuchulainn ou Quetzalcoatl, Enki dit Tiki Viracocha ou Prométhée, Enlil dit Seth ou Satan et Ramos dit Ram ou Rama. 

Chacun des fils partirait dans une direction différente : Enki irait vers l’ouest civiliser les Amériques, Rama irait vers l’est pacifier l’Asie, Seth irait vers le Sud d’abord en Egypte et puis dans toute l’Afrique et Cuchulainn devait aller vers le nord. Trois des fils remplirent leur contrat.

Seul Cuchulainn dut changer de cap. Il dût quitter le Nord pour gagner le Mexique où il est encore honoré sous le nom de Kukulkan ou Quetzalcoatl.

Au bout du compte, les quatre fils de Lugh furent les quatre grands civilisateurs à l’origine des grandes civilisations actuelles. Notre aventure commence avec eux. Ils sont les quatre piliers de la Saga d’Eden.

 

Les amis de la vérité sont ceux qui la cherchent et non ceux qui se vantent de l’avoir trouvée.
Nicolas de Condorcet