Portrait d’Héliogabale reconstitué récemment d’après son effigie de marbre
De très loin, les voyageurs pour Émèse en Syrie se guidaient sur la haute silhouette du temple d’Élagabal, juché sur son promontoire. C’est là, dans ce temple conçu pour les initiations fulgurales, que le jeune homme reçut « le sacre du Soleil ». Et cette initiation allait amener un bouddha idiot sur le trône de l’empire romain.
L’initiation
Voici la vision précise et détaillée de l’initiation du jeune homme, telle que je l’ai trouvée dans les annales akashiques. Lorsque la cérémonie a commencé, le temps était orageux. Ce signe fut considéré comme favorable et attribué au béthyle Elagabal qui était une pierre de foudre. Aucun d’entre eux ne s’en est inquiété. Cependant, grâce à la tempête, la cérémonie allait être beaucoup moins symbolique que d’habitude.
Tandis que le jeune homme se tenait debout devant la pierre sacrée, les paumes contre le béthyle, la foudre est tombée sur le paratonnerre du temple, relié au béthyle. L’adolescent n’a pas entendu le tonnerre, juste un bruissement doux, comme des oiseaux qui s’éloignent dans les hautes herbes. Le béthyle est devenu super-lumineux. Des boules de foudre ont jailli, rebondissant sur les murs et les meubles en courbes gracieuses, et déclenchant la terreur parmi les prêtres effarés. Héliogabale n’a pas eu peur.
L’éclair en boules
Autour de lui dansait une féérie lumineuse de boules de foudre. L’une d’elle a couronné la tête du jeune homme, restant longuement posée sur ses épaules sans qu’il en ressentit le moindre inconvénient.
Au contraire, fasciné, il tomba amoureux du béthyle, qu’il prit pour le dieu soleil Elagabal.
À partir de cet instant, son destin est tracé : il sera Héliogabale, pape solaire et premier adorateur de la pierre sacrée, le béthyle Élagabal.
Le béthyle sacré
L’image ci-contre nous montre un masque de cyclope, sur lequel on peut voir un troisième œil au-dessus des deux autres. Ce troisième œil pouvait lancer des éclairs, ou plutôt des rayons capables d’embraser ou de détruire les objets inanimés, mais aussi de tuer ou d’éveiller leur cible vivante. D’où le surnom de « maîtres de la foudre » qu’on donne aux cyclopes. Je tiens ce pseudo-masque pour une copie d’un béthyle ou piège à foudre, si ce n’est un original. Il est exposé au Musée Gallo-Romain de Fourvière. J’encourage le lecteur qui passerait par là à vérifier la nature exacte de cet objet. S’agit-il, oui ou non, d’un béthyle original et non d’un masque ? Est-il en pierre ou en plâtre ? Est-il massif ou plat?
La Sainte Pierre
La première tâche du jeune empereur sera de ramener de Syrie son bétyle, en grande pompe, selon un rituel fou: il ramène à Rome la pierre noire juchée sur un char d’or tiré par des chevaux blancs, pour un voyage de deux mois. À reculons, car il aurait été indécent et irrespectueux pour ces animaux de montrer leur cul au dieu de pierre. On voit jusqu’où il peut pousser le délire, et personne n’ose le contredire.
La sainte pierre me fait penser à autre chose. Jésus qui dit à son disciple Simon : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. Le jeu de mots ne fonctionne pas en anglais, il ne fonctionne pas non plus en copte, langue originel des évangiles. Comme c’est étrange ?
Par contre en français ça marche parfaitement. Tiens donc ? Faut-il en conclure que cette parole de Jésus a été dite en français d’abord ? On se le demande. Pierre est le seul pape qui porte ce nom, les autres papes ne porteront que les trois premières lettres : ils s’appelleront Pie. Curieuse histoire.
Rome a décerné jadis un titre étrange à notre pays : France, fille aînée de l’Église… Honneur insigne ou reconnaissance d’un fait ?
Au Palatin
Après deux mois de marche à reculons, la procession syrienne arrive enfin à Rome. Sur la colline du Palatin, colline du pouvoir, Héliogabale avait fait construire un temple à Elagabal. Il y dispose la sainte pierre.
Les Romains auraient pu s’en offusquer, mais ils aiment trop les nouveaux dieux, et celui-ci est plutôt drôle. Les rires cessent lorsque le jeune empereur, pour inaugurer son temple, « y fait porter tous les objets sacrés des Romains : la statue de Junon, le feu de Vesta, le Palladium et les boucliers sacrés ». On a les idées larges chez les ancêtres de Berlusconi, mais un empereur qui commence son règne par un sacrilège, ça fait mauvais genre. Digne d’un barbare issu d’une dynastie bédouine, murmure-t-on déjà.

Toutes les religions
Héliogabale va plus loin encore: « Il disait en outre que les religions des Juifs et des Samaritains, ainsi que le culte du Christ, seraient transportés en ce lieu, pour que les mystères de toutes les croyances fussent réunis dans le sacerdoce d’Héliogabale. »
Les religions d’Isis, de Sérapis, ou de Cybèle, de Mithra ou des Chrétiens, avaient leurs adorateurs à Rome, sans menacer pour autant le vieux panthéon romain. Mais Héliogabale voulait imposer son dieu au-dessus de tous les autres. C’était une faute politique. Pour réussir, il lui aurait fallu la carrure et l’aura d’un Constantin.
Héliogabale mit un comble au scandale en faisant enlever la grande vestale Aquila Severa – premier crime – dans l’intention d’épouser celle qui avait fait vœu sacré de virginité – second crime. Attendez, dira-t-il au Sénat, c’est juste « pour que naissent des enfants divins ».
La mesure était comble, et sans autre forme de procès le Sénat l’a fait assassiner, ce qui était la fin la plus normale pour un empereur romain. « À Rome, fais comme les Romains. » Héliogabale ne connaissait pas le proverbe, tant pis pour lui.
Je vois en lui un émule de Constantin 1er, empereur de l’empire romain d’Orient. Il régnait à Byzance, qu’il rebaptisa de son propre nom, Constantinople ville de Constantin. Et il se fabriqua une religion sur mesure, dont il était le Christ, car à son époque Jésus n’était pas encore inventé. Ah bon ? Mais Constantin vécut trois siècle après lui ? C’est toute une histoire, plus vrai que le catéchisme…
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