La porte du nagual

 

Dans la philosophie de Carlos Castaneda, nagual désigne plusieurs choses. D’abord le nagual est un état intérieur non ordinaire. Ensuite c’est un humain doué de pouvoirs. L’homme ou la femme nagual sont des portes. À travers eux, on accède à l’autre monde, le vrai. Ils sont aussi la tête d’un clan de guerriers de lumière.

 

Tonal réel

Nagual n’est pas un mot inventé par Carlos Castaneda. Il vient de nahual, un mot utilisé par les religions amérindiennes issu certainement des croyances précolombiennes. C’est un animal mythique doués de pouvoirs étranges. Sa description remonte à des sources très anciennes, comparables à la Gnose. Le nahual serait-il un Archonte? Le nagual n’a rien à voir avec ces êtres-là.

Je me borne ici au cadre exposé par Castaneda. Un cadre largement ouvert, en l’occurrence. Car le nagual n’est pas de ce monde. Ici-bas, il n’y a que du tonal, un autre mot castanedien pour désigner la réalité de tous les jours, celle que nous acceptons sans sourciller. Le tonal est notre réalité concrète, la vie de tous les jours — montage irréel qui repose sur un consensus. Le nagual n’y est pas.

-Mais il y a du nagual ailleurs, sur une autre planète?
Il n’y a que du tonal sur les autres planètes, sur les étoiles, etc. Partout du tonal sans nagual.

-Alors le nagual est un univers parallèle?
Non, pas du tout. Au cœur de la Voie Lactée, dans d’autres galaxies, au fin fond du multivers, où tu veux, tu ne trouveras que du tonal. Je le sais, j’y suis allé. Et j’y retourne tout à l’heure.

 

Nagual méta-réel

Le nagual est inimaginable. Il est aussi notre élément, mais il reste indescriptible. On ne peut pas le définir parce qu’il n’appartient pas au monde mental, à la pensée, à l’esprit logique. On peut seulement dire ce qu’il n’est pas.

Le nagual n’est pas réel. Il se situe ailleurs, sur un plan auquel on n’accède que par la force de l’intention. L’astral. Domaine des rêves. On dit des songes qu’ils sont trompeurs. Non pas. Ils disent toujours la vérité. Mais au réveil, notre cerveau produit un habillage instantané qui les rend absurdes, incompréhensibles, totalement inutilisables. Les rêves d’un éveillé n’ont rien à voir avec ceux de la psychanalyse. Ils sont le vécu conscient du nagual. Ils sont le plus que réel. Ils sont au-delà de l’illusion.

Oui, on peut seulement dire ce que le nagual n’est pas. Je ne connais qu’une façon d’en parler plus concrètement: le nagual est une position du point d’assemblage (PA). Mais cette définition n’explique rien. Il faut déjà savoir ce qu’est le PA. Il faut pouvoir en prendre conscience de sa localisation, quelque part dans notre luminosité. Et le plus dur reste à faire: le déplacer par la seule force de l’intention. Tâche surhumaine, inaccessible pour les endormis. Mais un éveillé l’accomplit sans y penser, sans effort, sans cesse. L’éveil est au-delà du mental. Tout éveillé a cessé de penser. Au-delà du mental, il s’est coupé la tête, selon la jolie formule de Lao Tseu.

Un guerrier traite le monde comme un mystère infini, et ce que les gens font comme une folie sans bornes. (Carlos Castaneda)

 

 

Saut périlleux de l’Esprit

Dans le système de Castaneda, il y a deux sortes d’intentions. L’intention du guerrier et une Intention supérieure, qui constitue avec l’Énergie les deux sources de tout ce qui est, ce qui a été, ce qui sera. Pas de dieu créateur, pas de principe personnel, pas d’être suprême qui écoute nos prières. Tel est le castanédisme que je pratique avec foi, mais attention: j’y crois totalement, absolument, et dans le même temps, je n’y crois pas du tout.

C’est le saut périlleux de l’esprit, pour parler comme Juan Matus, le benefactor de Carlos Castaneda. Un grand écart que le guerrier doit accomplir à chaque instant. Nous sommes amenés à cette gymnastique impensable dès que notre conscience entre dans le Plérôme, devenant ainsi supra-conscience. Le Plérôme est la christianisation de Gwenwed, le Cercle de Lumière Blanche de la mystique celtique.

En quoi consiste ce saut? Pourquoi est-il dangereux? Tu ne vas pas te casser les os comme le gymnaste maladroit, mais tu risques fort de ne plus retrouver tes marques. De perdre ton chemin. De ne plus retrouver l’accès à ton corps physique, à ton moi, à ton lieu de vie, Terra la Belle, devenue planète pas nette.

Sous la forme de pur esprit, qui apparaît comme ta luminosité, tu  pourrais bien errer sans fin à travers le multivers, cette immensité là-dehors.

 

L’aura

Ce que Castaneda appelle la luminosité, nous l’appelons l’aura. C’est un cloud. Dans notre aura sont stockées une masse hallucinante d’informations qui s’actualisent en temps réel. Ces infos constituent la mémoire de ce que nous avons été, de ce que nous sommes et de ce que nous pourrons être. Elles contiennent aussi la mémoire de notre planète et de toutes ses composantes minérales, énergétiques et vivantes. Ainsi que la mémoire de notre système solaire, des étoiles et de tous leurs systèmes, ainsi que d’autres mémoires galactiques.

Notre luminosité n’est pas seulement le souvenir de tout cela. C’est aussi la porte pour y parvenir. Avec une deuxième porte pour passer de l’autre côté. Il y a dans notre aura la voie royale vers le nagual. Tout ce que les gens ordinaires n’atteindront jamais. Le nagual est extraordinaire. Le lieu de vie préféré des chercheurs de lumière.

Ceux qui refusent ce mensonge qu’on appelle le monde, la vie humaine, la nature humaine, le savoir humain et tout ce qu’il contient. Illusions. Fumées euphorisantes, décor peint, trompe-l’œil, cache-misère qu’on désigne sous le nom de réalité. Et tout le monde y souscrit par flemme de l’effort ou par trouille d’y regarder de trop près. Des faux-semblants qu’il t’appartient de dissiper si tu veux goûter au nagual.

Le domaine du nagual commence où la réalité s’achève. À l’endroit même où, exténués, le réel et l’irréel se réconcilient dans une gerbe de lumière apocalyptique et disparaissent aussitôt dans la trappe du néant.

-Ah d’accord! J’ai pigé! Le nagual est le néant!

 

 

Un million de soleils

Pas du tout. Pour un guerrier du nagual, le néant serait plutôt la réalité ordinaire. Je le répète, elle est un leurre, une façade, un fake. Si tu cherches l’absolu, il te faut dépasser le contingent. Si tu es assoiffé de vérité, il te faut renoncer à la réalité. Admettre une bonne fois que la réalité objective est totalement subjective. Te mettre en quête de la réalité non-ordinaire, pour commencer. Alors tout s’inverse, et tu remets le kaliyuga la tête à l’endroit.

Là commence la folie où s’abolissent les contraires. Prends garde. Cette folie terrible demande à être contrôlée si tu ne veux pas finir sous une camisole chimique. Ce contrôle requiert une vigilance de chaque instant. Toute l’attention du guerrier se focalise sur cette tâche, au moins les premiers temps, jusqu’à ce que de nouveaux automatismes se mettent en place. Et après, il faut encore de la vigilance. Ne jamais faire confiance aux automatismes, ils hypnotisent le chercheur trop sûr de lui. Ils sont le paravent derrière lequel les Archontes ourdissent leurs sombres machinations.

Dès le premier contact avec la vérité, les ultimes traces de la réalité factice s’évaporent définitivement. Tu es libre. De l’autre côté de l’illusion, tu touches à l’absolu. Au-delà des hallucinations, la vérité s’avance nue. Autour d’elle s’estompent les ruines d’une réalité factice. Ton jugement est dégagé de toute contrainte. Les programmes mentaux qui t’asservissent depuis l’enfance ne sont plus qu’un souvenir. Alors tes yeux se décillent: la vérité est un diamant qui brille plus fort qu’un million de soleils. Telle est la récompense du guerrier de lumière.

 

Un damné piège

Cette liberté que donne le nagual est si complète, si parfaite, si claire qu’elle en devient incomparable. Jamais je n’aurais pu imaginer un tel joyau de calme félicité. On n’en trouve pas d’équivalent dans la réalité, parce que la réalité est un piège fabriqué. Un damné piège. Tu veux la vérité? Tu veux la liberté? Renonce aux illusions. Cesse de courir après des chimères. Centre-toi sur toi-même. Au plus profond de ton lac intérieur se trouvent des eaux tranquilles qu’aucune tempête du monde n’atteint jamais.

Prends ta mort pour conseil. En cent mille occasions, elle te rappelle qu’un linceul n’a pas de poche. Qu’un corps physique n’a pas d’éternité. Que la logique ne débouche sur rien qui vaille. Que la raison forge les barreaux de ta prison. Que la certitude ne peut mener qu’au désastre.

Pourtant, sans la foi, il n’y a pas de connaissance. Croire est une condition indispensable à tout accomplissement. Mais pousser la foi jusqu’à la certitude qui n’admet pas le moindre doute est l’indice d’une stupidité animale. Il n’y a pas la place pour la supra-conscience dans une telle attitude. Si la croyance est indispensable, il est impératif de la dépasser.

Prends cent hommes, tu y trouveras un homme de foi. Prends cent hommes de foi, tu y trouveras un homme de connaissance. (Rumi)

 

À la conquête de l’absolu, le guerrier possède l’armure absolue: l’humilité. Chaque matin, il la graisse avec de l’huile de coude première pression à froid. Fais comme moi, deviens SuperHumbleMan pour casser la gueule à tous ces orgueilleux qui refusent de se prosterner devant toi. Honte à eux.

 

 

J’enseigne à tâtons

L’enseignement d’un nagual n’est pas compréhensible. Il ne s’adresse pas à la jugeotte, il la snobbe. Son but est de nous détacher du mental dévorant, tous les moyens sont bons qui y parviennent. Indéfinissable, hors du monde, non rationnel, le nagual est pourtant pragmatique. Les actions qu’il suggère au guerrier de l’éveil sont toujours parfaites. Aussi le guerrier agit-il sans comprendre, sans même consulter sa raison qu’en toute saison il laisse à la maison.

L’action se sert de lui bien plus qu’il ne se sert de l’action. En toutes circonstances, il agira sans attendre de résultat de son action. Le nagual est au-delà des automatismes du type cause-effet. Il semble doté d’une conscience propre qui décerne punitions et récompenses. Punitions de plus en plus sévères si le guerrier s’entête à répéter les mêmes erreurs. Récompenses de plus en plus énormes pour solder chaque jour son impeccabilité quotidienne.

C’est un enseignement au quotidien, en transmission directe, dans le concret toujours, à l’écoute du corps profond. A l’époque, il y a 25 ans, j’étais gravement bouffi de la cervelle. Victime expiatoire de la dictature des boyaux du crâne, je crawlais dans le mental, je pédalais dans l’ego. Et j’étais le seul à l’ignorer. Il m’a fallu une bonne décennie pour
1 arrêter la machine dans ma tête,
2 faire le silence intérieur,
3 stopper le monde,
4 ouvrir mon cœur,
5 libérer ma parole
6 guérir mes semblables.

Les six, et dans cet ordre. Le chercheur de lumière se doit d’être honnête et précis.

 

Connaissances inutiles?

J’ai parfaitement conscience d’être un puits de connaissances inutiles pour la plupart d’entre vous. Mais je ne peux m’empêcher de les partager. Cette quête effrénée de la connaissance est plus qu’une caractéristique personnelle. Je l’ai poursuivie ma vie durant depuis l’enfance, elle ne s’achèvera pas avec la mort.

Qu’on veuille me pardonner si je la brandis comme un oriflamme. Elle annonce la couleur du bonhomme mieux que toute tendance humaine: idéologies, convictions, religions, politiques… Elle est au-delà de toute catégorie. Ses bornes sont rares: quelques convictions comme croire sans y croire, le point d’assemblage et les lieux de conscience, le tonal et le nagual, l’esprit et la matière.

Les convictions sont des croyances qui se refusent à devenir des certitudes. Elles peuvent évoluer, grandir, changer ou disparaître. Une certitude n’est pas possible dans mon univers mental. Elle confine à la folie. Elle est un piège mortel pour la liberté. J’ai la conviction que nous sommes des êtres divins enfermés dans un corps animal. Voilà quelle est ma vision des choses à l’heure actuelle. Je n’ai pas toujours dit ça, et demain peut-être ne le dirai-je plus. Vivre implique un changement permanent. Qui n’évolue pas est déjà mort.

 

 

Lao Surlam en 7 leçons

 

L’âge d’or est comme le bonheur : on ne le reconnaît que quand il est passé. (Lao Surlam)

 

Comprendre d’où tu viens, c’est savoir qui tu es pour deviner où tu vas. (Lao Surlam)

 

Cristal ta structure intime organise la lumière. Cristal clavicule tu ouvres la mémoire du monde. Cristal clairvoyant tu vaux mille fois l’or. (Lao Surlam)

 

Il existe un autre monde au dedans de celui-ci La frontière est intérieure et le temps s’arrête ici. (Lao Surlam)

 

 Ils ont des yeux, qu’ils regardent ! Ils ont des oreilles, qu’ils écoutent ! Ils ont un esprit, qu’ils s’en servent ! Ils ont une bouche, qu’ils la ferment ! (Lao Surlam)

 

Qui est le plus libre ? l’être ou ses vêtements ? (Lao Surlam)

 

« Pour ceux qui suivent, passez devant. C’est votre tour. » (Lao Surlam)

 

 

For the times they are a-changin’
Bob Dylan