Succube

 

Un succube (le nom est masculin) est un démon judéo-chrétien féminin qui séduit les hommes et abuse d’eux durant leur sommeil et leurs rêves. Les succubes servent Lilith. Leur masculin est l’incube. On a connu la romanesque Helica Baisevenin, Yctria la Reine Écorcheuse et son fameux tempérament…

…et bien sûr Lelith Hesperax, qui décapita douze rivales avec la passe tourbillonnante qui est sa signature. (Wikipédia)

 

Incubes et Succubes

Les incubes et les succubes ne sont pas des démons mais presque. Ils se nourrissent de notre énergie sexuelle, les incubes sont masculins et les succubes, féminines. J’ai connu une succube, connu au sens biblique. Voici l’histoire.

C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit… Je venais d’arriver tout en haut d’un pic des Pyrénées, quelque part au dessus de Foix. Mon ami Guy D.Deffeyes. Mais guidé, il le fut longtemps… m’avait proposé des vacances méritées en Ariège. Nous étions venus de Paris d’une seule traite dans ma Peugeot fatiguée.

Avec lui, j’irais au bout du monde. Toutes ses idées m’enchantaient. Ne connaissant pas ce coin des Pyrénées, j’avais sauté sur l’occasion. Il y retrouvait un pack d’amis, d’authentiques baba-coulos, bien déglingues et sympatoches.

Ils s’étaient installés là-haut pour faire du fromage de chèvre. Les caprinés qui s’égayaient sur les pentes m’ont empli de joie. Vu mon nom et sa légende, pareil spectacle me comblait.

Le vieux chalet où l’on vivait avait un sous-sol aménagé en studio de ciné, des écrans partout, des caméras sur trépieds et une pile de télés. Ça m’a surpris. Ce matériel tout neuf et très pro contrastait avec la vétusté des lieux. 

Les babas cools ne faisaient pas que du fromage de chèvre. Ils étaient aussi prestataires en vidéo commerciale, vendant leurs service aux entreprises de Toulouse ou de Perpignan. Il leur arrivait même de monter jusqu’à la capitale.

 

 

C’est là que Guy les avait connus, lui qui grenouillait tout comme moi dans ce genre de prestations. J’ai évoqué un autre épisode de ce séjour dans mon article sur l’eau de Jade où l’on découvrira la haute magie que Guy pratiquait comme une chose naturelle, voire banale.

Le hameau des babacsbaba-cool ou baba-coulos était abandonné. Ils avaient retapé deux maisons, le vieux chalet et une annexe, sorte de dôme futuriste qui faisait tache. C’est là qu’ils m’ont logé tandis que mon pote Guy, lui, restait au chalet.

J’ai dû crapahuter deux bons kilomètres sur un raidillon risqué de jour et impraticable de nuit. Pourquoi si loin ? N’avaient-ils plus de place au chalet ? J’imagine qu’ils voulaient me mettre à l’épreuve en me plongeant dans le grand bain…

J’arrive au dôme vibrant, content d’y être enfin. Un dôme de cristal, disons de polystyrène transparent, qui laisse voir un grand ciel de nuit constellé d’étoiles.

L’endroit est plaisant. La vibration aussi. Une surcharge énergétique due sans doute à l’altitude. Sol d’ardoises, poutres juste équarries et sous-sol dans la pente.

Mort de fatigue, je m’écroule sur le divan sans mener plus avant l’exploration du lieu. Éreinté après treize heures de route, je m’endors aussitôt.

Et quelque chose me réveille au cœur de la nuit. Une présence étrange. Mon cœur bat si fort que je l’entends résonner sur les murs. Je me redresse, assis sur le lit. Silence. Aucun bruit ni dedans ni dehors, mais la très nette sensation de présence. 

Mes yeux s’habituant à l’obscurité, j’aperçois une ombre plus noire que le ciel étoilé au dessus. L’ombre très noire s’approche. Je devrais être mort de trouille, faire sous moi, crier au secours — mais qui m’entendrait dans ce désert de cailloux ?

 

 

Aussi surprenant que ça puisse paraître, je n’ai pas peur. Autre chose me tord le ventre. Un désir puissant. L’ombre est sur moi. Sur mon érection phénoménale. Elle va s’empaler, je le sais, je la vois.

La peau d’un noir profond et d’une douceur de nourrisson. Un velours sans tache, souple, comme lumineux. Voici que je la pénètre — c’est elle qui le fait, je suis immobile, changé en statue du désir fou. Je succombe.

Et j’ai failli crié tant son sexe est glacé.

Si la douceur de sa peau m’a caché ce détail, je sens à présent le gel intérieur de cette femme serpent.  J’en suis sûr, elle n’est pas humaine. Inhumaine alors ?

À l’époque je n’aurais su le dire, je comprends ce soir qu’elle était reptilienne. Une archonte. Que me veut-elle ? Ce n’est pas la jouissance qu’elle recherche, mais la fécondation.

Cette femme d’une race supérieure vient pour que je l’engrosse.

Sur le moment je ne pensais à rien, ma tête était vide, tandis qu’une autre partie de moi se vidait violemment en elle. Jamais je n’étais venu avec autant de force, ni aussi longtemps. Toutes mes ressources y sont passées. Vidé, je m’écroulais. 

Quand je revins à moi, la pièce était vide. Mais la douloureuse tension de mon bas-ventre racontait assez ce qui s’était passé. Constatant que mes draps étaient absolument secs, j’en conclus que ce n’était pas un rêve érotique. Je venais de vivre un accouplement avec euh ?

La tradition les nomme des succubes.
Et leurs mâles sont des incubes.
Ils pénètrent les humaines.

 

 

J’ai eu une vie géniale. Avec des hauts et des bas, mais toujours aussi belle. Beaucoup de hauts, de nombreux bas. Tout m’a plu. Et de plus en plus. Que demander de plus ? J’ai eu d’autres enfants que mes deux fils chéris, je soupçonne plusieurs compagnes de m’avoir fait un enfant dans le dos, mais là, c’est autre chose… Cet enfant-là est plus qu’humain.

Il y a quelque part — sur un autre plan ?
Ou tout près de moi si ça se trouve —
un demi reptilien qui me ressemble.

 

 

L’auteur

 

 

Succube est d’abord parue sous mot de passe.
Les premiers lecteurs, de vieux amis, m’ont affirmé que j’avais publié bien pire.
J’acte donc la mise en ligne pour tous. Avec sa traduction anglaise.

 

Dans le livre infini des secrets de la nature, bien peu je puis lire.
William Shakespeare