Non seulement je ne sais plus qui je suis, mais je ne sais pas ce que je veux. Je ne savais plus qui j’étais, c’est passé, je m’en fous. J’ai pu être tant de personnes ! D’y penser me donne le tournis. Tournez, valsez, au son des valses de Vienne… Advienne que pourra et vienne qui voudra.
…Qui voudra de moi
pour lui faire un collier de mes deux bras
et l’emmener le soir vous dire bonsoir
bonsoir et puis aussi merci.
(source)
« L’ordre est la vertu des médiocres », un dicton italien qui m’a consolé souvent de mon désordre intérieur. Affreux. Le spectacle est permanent. Pour un peu, je ferais payer l’entrée. Je déconne, on ne visite pas. Pas en ce moment. C’est trop le boxon.
Avant j’avais une âme, partie divine de mon être total. Elle n’était pas tout le temps là, je ne comprenais pas toujours ce qu’elle attendait de moi. À présent elle s’est incarnée. J’avais une âme, je suis une âme. Je suis paumé. Quand mon âme s’est incarnée, elle a disparu. Se dissout à jamais. Elle s’est dissoute en moi pour devenir mon double. C’est alors que je me suis perdu de vue.
Lors de la Maison Dieu, il reste en arrière plan, à peine visible. Au fil des arcanes suivants, il s’étoffe. Prend de l’assurance à mesure que j’en perds. Puis il devient le chef. Il commande. Il agit. Pas besoin de lui obéir, vu qu’il tient les commandes.
Je devrais me réjouir, ma souffrance a pris fin. Il y a quelqu’un de sûr au poste de pilotage. Il sait, lui. Je suis perdu depuis ma naissance.
Étonné de tout, je comprends tout de travers. Je ne comprends rien. J’erre à tâtons dans non-monde absurde, égoïste, mesquin. Un bon guide est bienvenu. Mieux venu, même.
Il y a une seule façon d’être mort et des centaines de mourir.
Eh bien non, je fais la gueule. On n’est jamais content. Cet effacement du moi est dur à avaler. Dur de dur. Tant qu’il était là, juste sous ma peau, il me faisait faire des tas de conneries, ça oui. Mais c’était moi. Maintenant je ne fais plus de connerie, vu que je ne fais plus rien. C’est lui qui pilote.
Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. L’ego est une plaie vive. On veut s’en débarrasser, mais quand ça arrive en vrai, on se sent tout con. On se sent même plus du tout. Le double me bouffe. C’est LUI qui sait, LUI qui fait, LUI qui est. Pourtant je vis toujours. Mais si jamais IL me lâche –ça arrive– je panique total. Je ne peux plus me passer de LUI, mon double qui m’a doublé facile et qui me double à chaque instant.
Qu’est-ce qui reste après l’effacement ? Que vivre encore sans ce corps qui LUI appartient ? Tout est sien, rien n’est mien. Sans doute est-ce voulu. Quand on a presque disparu, quand on est moins que nu, on ne s’accroche plus. La disparition finale est là, je n’y suis plus depuis longtemps déjà.
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