Guerre à Marduk

 
 
 
Je vais bien. Nettement mieux. J’ai traversé des houles formées aux crêtes blanches d’écume, c’était le venin des dragons anciens. J’ai subi un autre AVC, encore un. J’attire le tonnerre des archontes, mais j’en ai rien à foudre. Pas question de laisser les copains se débrouiller seuls ni dérouiller à ma place. Je réponds présent et je fonce dans le tas. L’échec est exclu.
 
 

Nos maîtres implacables

Pour moi, AVC veut dire Archontes Vaincus Complètement. Nous sommes nombreux, très. La guerre est déclarée, elle fait rage, je ne vais pas me dérober. Leur chef, Marduk, est le dieu actuel de Terra avec son compère Mammon, et ces deux-là pourraient le rester très longtemps. À moins?
 
Marduk n’est là que depuis 40’000 ans. Son grand-père Anou a régné sur cette planète pendant 250’000 ans. Son oncle Enlil, pendant 200’000 ans. Le règne de Marduk devrait donc durer dans les 150’000 ans si je compte bien. Les Reptiliens étant férus de sciences exactes, on n’a pas fini d’en chier.
 
Je ne suis pas seul dans cette guerre. Loin de là. Des voyants volants rappliquent de partout. Place aux battants. Au fil des nuits, Marduk a l’air surpris. Contrarié. La colère blêmit sa face de lion vert. Que faisons-nous dans le haut astral? Scandaleuse intrusion! Ce domaine est le sien depuis la nuit des temps! Pourtant nous y sommes. Et on y reste.
 
Anou serait Chronos pour les Grecs. Enlil serait Zeus. Son frère Ea serait Prométhée. Les Sumériens l’appellent Enki, le créateur des lignées humaines. Enki a d’abord créé un lulu amelu qu’il trouve réussi. Il le garde près de lui, dans son domaine du centre terre. Ce premier humain s’appelle Adapa. Les Hébreux disent Adama, mais ils ne parlent pas du prototype. Les Adam sont tout un peuple : les fils d’Adapa qui est le premier, qui fut le seul, qui reste l’unique. Son concepteur Enki Ea s’est servi de lui pour jouer un tour à Zeus. Pardon, je voulais dire à Marduk. Mais Marduk est devenu Zeus à la place d’Enlil…
 
 

Loups Volants

Depuis le temps que j’étudie les mythologies, celle qui me semble la plus claire à présent, c’est la sumérienne. La plus ancienne, celle qui a servi de modèle à toutes les autres. Une exception toutefois, et notable: la Gnose des premiers siècles. La version archonte. Des dieux créateurs doublés de démons prédateurs. Ça nous ressemble étrangement.
 
Il y a quelques années, j’ai emmené un groupe de lecteurs dans un voyage astral de trois semaines. Toutes les nuits, nous naviguions de conserve sur mer belle. La voûte céleste était cloutée d’étoiles à l’infini, semée de perles rares et de précieuses parures. Je me lâche un peu, j’avoue. Chacun se représente l’astral à sa façon. Là-bas il n’y a ni temps ni espace, tout se joue au ressenti. Affluent les souvenirs d’un monde où nous n’avons jamais vécu.
 
Toutes les nuits, mes passagers de l’astral prenaient place dans un bus virtuel, et vogue la galère. J’ai vite compris que le haut astral nous était accessible. J’ai poussé la porte du jardin, facile. Depuis des années, sans que je sache trop pourquoi, j’évitais de m’y rendre. Je croyais fuir les rencontres désagréables, les créatures qui vous toisent d’une altitude glaciale et vous sifflent à la face.
 
Je les ai cru archanges, ils n’étaient qu’archontes. Ils chevauchent des montures farouches, des dragons — quand ils ne sont pas dragons eux-mêmes. En plein vol, ces saletés crachent le feu avec une précision diabolique. Nos maîtres nous exploitent sans scrupule, ils nous ont fait pour ça. Ils ont sur nous droit de vie et de mort. Nous sommes à leur service, pour leur sévices. Des champions, question vice.
 
Mais le pire avec eux, c’est quand ils sont aux petits soins avec toi. Ils te déroulent le tapis rouge pour mieux t’étouffer dans ses plis. Des êtres étranges, globalement peu recommandables. Quand j’ai proposé la balade en l’air à mes Loups Volants, comme chaque année, j’ignorais ces détails navrants.
 
 
 
 

Bouter les Infernaux

J’ai protégé mes voyageurs en bloquant les archontes aux sales tronches. Le plus grand l’a mal pris. Je l’entends rugir et je reçois une violente décharge dans la jugulaire droite. Cent mille volts me réveillent en sursaut! Deux ans après, j’ai toujours mal. Fin des vols astraux groupés. Prudence est mère de sûreté. D’abord, sécuriser le parcours, baliser des itinéraires, repérer des abris sûrs et des replis sans risque. Qui peut résister aux infernaux? Des touristes? Certes non.
 
Il y faut des guerriers entraînés, des sorcières aguerries, des porteurs de lumière, des femmes de connaissance. Telle est la troupe où j’ai ma place. Le combat nocturne emplit l’espace, trahit le temps, dilate l’instant et nous dépasse. Nos souvenirs se déplacent à la surface de rêves héroïques, de charges fières, passagers de l’astral sur leurs montures altières.
 
L’ombre dissimule comme il faut nos identités, nos visages, nos liens. Inconnus, nous luttons ensemble. Bientôt nous nous reconnaîtrons. Je vois des chevaliers célestes, nobles guerriers de haute lignée. Superbes enfants de la Terre et du Ciel, tout empanachés d’ardeur au combat. Stratèges prudents et précis. Des mages et des fées sans nombre, pressés d’en découdre. Des femmes aux vertus rares, pugnaces et têtues, explosives, glorieuses.
 
 

J’y compte, l’Archonte!

Ces exploits, il faut qu’on vous les conte. J’y compte. Ni vanité, ni gloriole: ma récompense est action. Guerrier chez les guerriers du monde. Porté par leur union sacrée, je jubile. Au placard, les archontes implacables! Démons loin d’être incapables! Ni mous, ni craintifs, ni soumis, mais plus durs que diamant. Ils n’ont peur de rien, chacun les craint. Ils règnent sur les trois ordres, minéral, végétal, animal. Seul leur échappe le règne de l’esprit. C’est là que nous sommes, hors d’atteinte. De là, nous les visons. Sur leur faille, nous centrons nos tirs.
 
Chaque nuit qui vient marque des points. Un flottement frémit dans leurs rangs. Cette fragilité me surprend. Assiégé, le terrible Marduk est submergé. Ce qui sème la pagaille dans ses troupes. Les diables reptiliens vieux comme le monde n’ont pas l’habitude qu’on leur résiste.
 
C’est enfin possible, la vraie naissance des humains libres est annoncée, combattants valeureux, de plus en plus nombreux à bombarder le haut astral, leur repaire. Touristes s’abstenir! À ceux de mes lecteurs que l’aventure attire, testez d’abord vos pouvoirs. Soyez prudents. Voyez cette nuit si vous pouvez vous élever si haut. Et rejoignez nos rangs. Plus on est de fous, mieux on vit.
 
 
 
 

La bataille la plus dure

Qu’est-ce qui rend un homme heureux? La satisfaction du devoir accompli, par exemple. Je devrais être au comble du bonheur, mais ce n’est pas le cas. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me réjouir de cette belle victoire? Sûrement la plus belle de toutes celles qu’on n’oublie pas. Si bien que je me sens vide. Sans but. Sauf que je dois régler son compte à l’archonte. Mais chaque chose en son temps.
 
J’ai livré la plus dure bataille de mon existence. C’est fini, et bien fini. J’ai gagné la partie. Une entité s’en était prise à une personne qui m’est chère. Cinq années durant, je me suis battu contre l’invisible. J’ai soupçonné de tous côté, je n’y comprenais rien de rien. Il y a peu, j’ai vu que cette guerre à mort visait un seul ennemi, l’archonte. Il a de nombreux noms et de nombreux visages, pires les uns que les autres. Quoiqu’il fasse, où qu’il soit, il est le mal en personne.
 
Il m’a fallu trop de temps pour savoir à qui j’avais affaire. Ce salopard de mange tête m’a obscurci l’esprit. Je me suis lancé dans la guerre à mort sans bien savoir à qui j’avais affaire. Ces gens-là sont le mal absolu. Jamais je ne me serais cru capable d’en venir à bout. Alors pourquoi cette sensation de vide, d’indifférence?
 
 

Première échauffourée

Ce n’était pas la première fois. J’ai déjà bouté hors d’un corps une entité mauvaise. Il y a vingt ans de ça, je me suis frité avec une sorte d’archonte qui avait pris possession d’un corps innocent. Au départ, une sorcière des tropiques m’avait rendu visite pour, soi-disant, recevoir l’initiation aux Petits Mystères — autrement dit l’arcane XIII. Elle avait fait plusieurs milliers de kilomètres pour me voir, inutile de dire que je l’ai bien reçue. On avait échangé des dizaines de mails avant sa visite. Je croyais bien la connaître, là encore, je n’avais rien pigé. J’avais bêtement gobé l’affaire de l’arcane XIII. C’était ma spécialité à l’époque.
 
Très vite je comprends qu’elle ne vient pas pour ça. L’étendue et l’efficacité de ses pouvoirs le montre assez, elle a dépassé ce stade depuis belle lurette. Alors que me veut-elle ? Après trois jours d’échecs répétés, je lance un debrief surprise, façon pavé dans la mare. Ça a tout déclenché. La colère s’est emparée d’elle. « Ton arcane XIII, je m’en tape ! Gamineries débiles ! Ce n’est pas ça que j’attends de toi ! »
 
 

 

Je parle elfique

OK, alors que veux-tu ? En guise de réponse, elle se met à parler en langues. J’en reconnais plusieurs au passage, et puis voilà de l’elfique, vrai de vrai, aux sonorités qui sont celles du film Le seigneur des anneaux. Le plus fou là-dedans, je comprends tout. Plus fort encore, je lui réponds dans cette langue. Un dialogue s’engage. Je suis ici pour un exorcisme, m’avoue-t-elle. Attends voir ? Un exorcisme ?? Je n’ai jamais fait une chose pareille. Je ne suis ni prêtre, ni moine, même si j’en ai l’air. En fait je ne suis même pas sûr d’y croire. La vraie vie est assez éloignée des films d’horreur. Encore heureux !

Mon refus provoque chez elle un terrible accès de rage. Avec ses trente-cinq kilos toute mouillée, elle me dépasse soudain d’une bonne tête, sa carrure devient celle d’un camionneur culturiste. Elle se met à hurler. Sans prendre le temps de réfléchir, je fais une chose que je n’ai jamais faite : je lui balance une baffe de toutes mes forces.

Et là je vois une entité monstrueuse fuir de son corps et se précipiter à toute vitesse à travers la fenêtre pourtant fermée. Exit le démon. Quel flip ! Je suis secoué. Je regarde ma fée des tropiques affalée sur le sofa, hors d’haleine et tremblante. L’athlète géant s’est changé en une fillette qui pleure.

 

Inénarrable

Mort de remords, j’examine sa joue brouillée de larmes. Ben v’là aut’chose ! Aucune trace de bleu ni d’ecchymose ! Vu la force du coup, je m’attendais à voir du sang, une fracture maxillaire, un os qui perce les chairs ou que sais-je encore ? Rien de rien. La pauvre petite tremble de tous ses membres. Minuscule, toute fragile, elle semble avoir trois ans. La puissance démesurée dont elle a fait preuve n’est plus qu’un souvenir. Elle sanglote longtemps, assez pour vider une boîte de kleenex. Elle me demande d’une toute petite voix que je ne reconnais pas : « Il va revenir ? Il reviendra ? » 

Elle veut parler du démon qui l’habitait. Je ne sais pas quoi lui dire. J’ouvre la bouche pour lui répondre, mais la voix qui sort n’est pas la mienne. « Non, il est parti pour de bon. Il ne reviendra pas, sauf si tu lui demandes. » Toujours la toute-puissance du libre-arbitre. C’est notre limite infranchissable.

Nous avons vécu les deux journées suivantes comme quinze ou vingt ans de vie commune. Nous nous sommes maintes fois réveillés en rêve pour vivre une vie rêvée plus vraie que la vraie. Chaque réveil dans le rêve multiplie par dix la durée subjective du nouveau rêve. Deux jours de bonheur, vingt ans sur une île déserte…

 

 

Inception

Exactement comme dans Inception. Quand j’ai vu le film, j’étais sur le cul. Certains blockbusters hollywoodiens délirent sur des bases solides. Ça ne m’étonnerait pas que l’auteur, Christopher Nolan, ait vécu des trucs dans le genre, pour en parler si bien. Sûr qu’il a rajouté des détails inventés pour faire un bon film, mais la trame est juste, et l’exploit, à ma connaissance, n’avait jamais été conté au cinéma. Mais ça ne vaut pas ce que j’ai vécu avec ma gentille sorcière du sud.

Ni ce que j’ai vécu avec mon adorable sorcière bretonne. Son exorcisme a été beaucoup plus difficile. Cinq années terribles, à me battre les yeux fermés, à gesticuler contre un ennemi invisible pour parvenir enfin, exténué, mort plus qu’à moitié, à en venir à bout. Maintenant qu’elle est libre, elle peut consacrer son énergie retrouvée à délivrer sa famille. C’est la tâche la plus noble et un devoir sacré.
 
Ma sorcière des Tropiques ne m’avait coûté que cinq courtes journées d’échauffourées — ou, si je me place du point de vue astral, vingt longues années de vie commune. Au bout de ces cinq jours, Yesaëlle était libre. Avant de venir me voir en traversant les mers, elle m’avait écrit ce qui suit.

 

Elle l’Humaine

Je t’ai créé Homme,
je fis partie des bannis et des proscrits
en charge de peupler la terre.
Pendant que mes frères se battaient
pour savoir comment dépasser
ce que Père leur avait donné,
moi je me languissais de Lui.
Je communiquais avec le grand tout.
Ainsi était ma vie,
je communiquais aussi avec « Elle ».
Il m’arrivait de plonger et de descendre
regarder votre espèce évoluer.
Mais il m’était interdit de vous parler
et de vous rencontrer car j’étais fille de Lui.

Pourtant je ne fus pas insensible à votre état, Hommes esclaves.
Ainsi étiez-vous. Et je suis encore là, Homme.
J’aime ton espèce, car même s’il t’est difficile
de porter la lourdeur, tu restes ma création.

Et pour cela, je me dois de réussir,
je dois pouvoir moi aussi m’affranchir de la matière
et redonner ce que m’a légué mon Père.

Homme, je suis lourde, je peine, je connais tes affres
mais je connais aussi ta tendresse,
alors je me battrai encore pour toi,
mais au Nom de Lui, je t’en prie réveille-toi.

Beaucoup d’entre nous sont descendus
pour imposer notre loi et diminuer ainsi votre potentiel.
Je devais reprendre le flambeau sur une grande cité,
ainsi étais-je manipulée : à mes yeux était cachée
la misère qui vous tenaillait.
(source)
 

 

En relisant ce poème aujourd’hui, sa clarté m’éblouit. Prophétie, initiation, rien n’y manque. Elle avoue tout, ma gentille sorcière du Sud. Elle sait qui elle est. La déesse bonne et mauvaise se sont partagé son corps dès sa naissance. La pauvre petite était archontéebouffée par un archonte jusqu’à la moelle des os.

 

 

En un combat douteux

Mais le combat que je viens de livrer a duré plus longtemps. Cinq ans, au lieu de cinq jours! Âpre épreuve qui m’a rongé l’âme et plus d’une fois broyé le cœur. Te voici libre enfin, je le suis aussi. La vigueur m’est rendue, l’énergie revenue, tu me vois prêt à en découdre contre les archontes, mes ennemis de toujours, l’empreinte du mal absolu sur les éphémères que nous sommes, fragiles, contingents, anecdotiques. Si fragiles! 
 
Après Marduk, l’hécatombe doit se poursuivre. Son lieutenant Mammon est dans le collimateur, il sera la prochaine victime. Dieu de l’argent, il est pape de la première religion humaine. La seule? Mammon tombé, le monde va changer d’un seul coup. On dirait un blockbuster Marvel, j’y peux rien si c’est vraiment comme ça.
 
Tous les soirs que Déesse fait, j’attends la minuit pour me coucher, plus excité qu’un matin de Noël. Dans quelques instants, j’affronterai les Archontes, Mammon ou Marduk, ou les deux. C’est l’aventure la plus palpitante de ma vie. La plus raide aussi. Je ne saurais dire si ça se passe de nos jours ou il y a quelques centaines de millénaires. En astral, le temps n’existe pas. Disons qu’il n’a pas la même forme que celui qui passe ici bas.
 
Paradoxes temporels à la gomme! La même gomme qui efface nos mémoires.
 
Hier, avant-hier, aujourd’hui, quelle importance? Marduk est le patron de cette planète, tout ce qu’on peut faire contre lui dans le temps jadis va le paralyser maintenant. But ultime: se débarrasser de sa cohorte rampante. On aimerait que la Déesse se réveille. On aimerait que ses archanges arrivent en masse pour nous donner le coup de main décisif.
 
Maintenant que j’ai fait mon devoir de passant, me voici libéré d’une lourde charge. Mon amie est sortie du mal qui la tenait depuis l’enfance. Ça m’a coûté une énergie considérable. Je l’ai récupérée avec un bonus pour mes efforts. Cette grande puissance, je la consacre à la lutte la plus farouche et la moins humaine qui se puisse imaginer.
 
La lutte sans merci qui nous perdra tous ou nous sauvera pour toujours.
 
 

L’envie d’en finir

L’autre nuit, j’ai vu Marduk à Babylone. Un dragon. Il me connaît, il dit qu’on s’est déjà rencontrés. Il a énuméré mes pouvoirs, il sait que je maîtrise la ligne de temps. Moi je ne me souviens de rien, alors j’ai cherché des infos. Vous les avez lu dans mon article précédent, Baal Marduk. Je ne sais pas vous, mais moi ça m’a appris une foule de choses sur nos maîtres cachés. Je les vois maintenant comme les authentiques Illuminati. Toutes les sociétés secrètes imaginées par les humains ne sont que de la gnognotte à côté de ces tueurs sans gage ni pitié.
 
Mais je n’ai pas cherché où il faut. Je mérite un beau zéro. C’est en moi que j’aurais dû chercher. Souvenir d’un temps dont je ne me souviens pas. Courances, près de Milly. Les vieilles pierres, la forêt de Fontainebleau et ma solitude effroyable. Vertigineusement vide. L’envie d’en finir aussi. Impossible. Impensable.
 
J’ai traversé ainsi plusieurs périodes très noires dans ma longue vie. La première, encore nourrisson, m’a valu des cauchemars abominables pendant de longs mois. Déjà un contact initiatique? Déjà les archontes? En tout cas, la vie singulière que j’ai vécue des années plus tard à Courances en présente toutes les caractéristiques. 
 
 
 
 
 

Inframondain

Alors pour tuer quelqu’un d’autre, j’ai essayé de tuer le temps. Je suis descendu en bas voir si j’y étais. Et justement, j’y étais. Et j’y suis resté longtemps. Si longtemps qu’une bonne partie de moi y est encore. En bas, c’est l’inframonde. Y vivent les inframondains. Ceux d’en dessous, qui voudraient bien habiter en surface comme les humains. Mais ils ne peuvent pas. Ils y manqueraient d’air.
 
Je me suis fait inframondain pour profiter de leur gracieuse compagnie. Gracieuse genre gratuite, je précise. Pour le reste, ces lézards sont plutôt malgracieux. Dans le vain espoir de me garder chez eux, ils m’ont dragué sans retenue ni délicatesse. J’étais trop k.o. pour m’en offusquer, je n’ai rien capté sur le moment. C’est maintenant seulement, en y retournant, que ça me choque. Qu’est-ce que j’allais foutre là-bas? Retrouver un truc que j’avais perdu.
 
 

L’affable Marduk

C’est là que j’ai connu Marduk. Un mec distingué, affable parfois, dangereux tout le temps. Il monte des plans sur le comète, me montre des projets vachement bien conçus, des idées à lui, des tas de trucs intéressants dont il aurait aimé que je m’occupe. Lui est trop pris. Il a besoin d’un coup de main. Il aimerait compter sur un type comme moi. Pourquoi je ne me suis pas méfié? Marduk en savait si long sur mon compte, et pas grâce à Fessebouc. C’était avant. Toutes ces merdes n’existaient pas.
 
L’obséquieux dragon n’a pas eu trop de mal à m’embobiner. Moi si méfiant, il suffit que je déprime pour devenir obtus. Crédule. Niais. Il m’a promis des talents que j’avais eu enfant. Mais je ne m’en souvenais pas. Grâce à lui?? j’ai retrouvé tout mon pouvoir de guérison, plus puissant même. À 12 ans je guérissais les bobos, maintenant j’ôte les cancers. Changement de pignon, changement de plateau, changement de vitesse. Son enseignement m’a fait bouger. Le tout à la cool, l’air de rien, pendant mes « absences » dont je ne mesurais ni la durée ni la quantité.
 
Pendant trois ans, je suis resté prostré, sans travail, sans horaire, vivant sur des réserves inexistantes. Comment j’ai fait? Est-ce que Marduk me donnait tout ce dont j’avais besoin pour vivre? Réflexion faite, je crois bien que oui. Dire que je ne peux retrouver que quelques journées sur les trois ans où j’ai glandé à Courances! Planqué dans une villa sans vis-à-vis, sans voir personne d’autre que mes garçons parfois, le week-end. Mes seuls souvenirs de ce monde-ci. Sinon j’étais ailleurs. Dans un autre monde à plein temps. Et ça continue.

Les absences se produisent encore maintenant, c’est le hic. Il est grand temps que ce hic cesse.

 
 
 
 

Ma devise

Rien à foutre. Je ne veux pas le savoir. Ce qu’il m’a donné, je l’avais déjà. Le mielleux me l’a rendu, rien de plus. Fausses courbettes, ronds de jambes, lèche baveuse et son venin. Il me voulait avec lui. Pour lui?
 
 Il m’a fait son sourire de fauve. Ses yeux de crocodile. J’ai dit non. Je me suis arraché à ses griffes. Maintenant j’ai une raison de plus pour lui rentrer dans le dard. Une bonne raison de lui péter sa gueule de faux-cul. D’où ma devise:
 
La défaite n’est pas une option.
Que risque le guerrier, à part sa vie ou sa mort ? (Carlos Castaneda)

 
 
 
 
Je ne veux pas croire, je veux savoir.
Carl Sagan