Les dix clés de la sorcellerie

Il existe un autre monde
Au dedans de celui-ci
La frontière est intérieure
Et la peur s’arrête ici

La sorcellerie dont je parle n’a rien avoir avec l’image hollywoodienne qui précède : pour une fois, le talentueux Kervor trahit mon propos. Il l’a fait exprès pour me taquiner. Comment lui en vouloir sans me renier moi-même ?

La sorcellerie dont je parle n’est pas non plus celle des chemins creux bretons ou du bocage vendéen. Elle vient de loin. Ma sorcellerie est issue d’une tradition séculaire de Méso-Amérique.

Yaqui-mania

Dans les années 70, l’étudiant en ethnographie Carlos Castaneda est devenu l’apprenti d’un sorcier yaqui du Mexique. Incrédule, il a découvert un ensemble de pratiques singulières, le nagualisme. Les récits de son initiation se sont vendus à des centaines de millions d’exemplaires dans le monde.

Révolution dans les crânes de toute une génération. Retour à la nature, mythe du bon sauvage, on s’est mis au vert. On bouquinait Tolkien et Castaneda. On a commencé à jouer aux sorciers yaquis. Les années passant, le jeu s’est mué en art de vivre. Certains n’en sont jamais sortis…

Le sorcier yaqui n’envoie pas de sorts. Il ne fait pas chauffer la cornue, il ignore l’athanor, ne consulte aucun grimoire. Pas de robe aux larges manches, pas d’interminable chapeau pointu, pas de baguette magique, le guerrier n’est pas déguisé – nu est la tenue préférée du sorcier.

Pas de pentacle, pas d’invocation, pas de philtre magique dans le nagualisme. Le démon n’a rien à voir là-dedans. Ni le bon dieu, d’ailleurs. S’il existe ! Sorcier n’est pas un métier, mais une façon de vivre. On n’est pas sorcier aux heures de bureau.

Dans mon vocabulaire, sorcier est un degré d’accomplissement sur le chemin du guerrier. Tout guerrier peut devenir sorcier. C’est ce qui lui arrive s’il persiste sur la voie du guerrier. Le bushido des Japonais. Sauf que le tarot n’est pas le Tao. Quoique ?.. Tous les chemins ne mènent-ils pas à la Voie ?

Il existe un autre monde au dedans de celui-ci. Y aller, en connaître l’accès, en poursuivre l’exploration, reculer les limites de l’inconcevable, tel est l’art et le but de cette sorcellerie particulière, le nagualisme du Mexique.

Quatre Naguals

Tout guerrier peut devenir un sorcier. Mais tout sorcier ne peut pas devenir nagual. Personne ne devient nagual. C’est une prédisposition qu’il faut posséder de naissance. Une certaine configuration énergétique qui se traduit par une modification de la luminosité – c’est ainsi qu’on appelle l’aura dans le nagualisme : luminosité.

Mon benefactor Jean-Claude Flornoy a initié quatre lignées de sorciers du Nagual. Il a formé et façonné quatre apprentis chez qui il avait perçu les qualités d’un nagual ou d’une femme-nagual. Sa pratique originale était en phase avec notre continent et son énergie très différente de celle de l’Amérique centrale.

Ce qui subsiste, c’est le cœur de l’enseignement de Castaneda et des autres naguals de son clan. La pratique est adaptée à notre climat et à nos mœurs. Ainsi Flornoy a fait surgir la source vive du nagualisme en pays gaulois. Quatre cœurs ouverts aux destins bien différents.

Deux des lignées ont a leur tête un nagual, deux autres une femme nagual. L’une des lignées a perdu son nagual, mon ami de toujours Jean-Claude Devictor récemment disparu. Mais la relève est assurée. Je n’ai pas de nouvelles des femmes naguals, je ne sais ce qu’elles font. À chacun sa réalité.

Reste la quatrième lignée, la mienne. C’est la seule dont je puis parler. Mais la mienne est bien singulière… ne me demandez pas en quoi, je l’ignore.

La luminosité d’un nagual est partagée verticalement en quatre quartiers, qu’on appelle des branches. Jean-Claude Flornoy et mon pote Devic étaient des naguals à quatre branches. Les femmes naguals aussi, je suppose. Moi pas. Je suis un nagual à trois branches, comme Castaneda. Notez que je n’en tire nulle gloriole : je ne sais pas de quoi il s’agit.

Don Juan Matus, benefactor de Castaneda, avait oublié la partie de la Règle qui traite des naguals à trois branches. Castenada n’en en jamais rien su. Moi non plus. Mais je m’en fous.

Restaurer la vieille religion ?

Le rôle de ces nouvelles lignées est de réensemencer une tradition millénaire de mages blancs, telle qu’elle existait jadis en terre celtique. D’où la raison d’être de ce site. Réenchanter le monde à la ronde. Donner corps aux rêves, émerveiller la réalité désolante, changer tout sauf ce qui va, favoriser l’extension de la pensée positive. Nos pensées créent le monde. Pensons donc un monde à vivre. Ou passons dans l’autre monde.

Mon cher Devic, quant à lui, avait reçu une tâche particulière. Décor théatral, cadre idéal : sous le dolmen de la Côte Sauvage, presqu’île de Quiberon. Une voix tonnante lui a intimé l’ordre de restaurer la vieille religion. Celle que pratiquaient les druides selon les enseignements de Ramos, qu’on appelle aussi Ra, Ram, Rama, Lama

Je ne sais si l’impulsion que Devic a donnée suffira à faire renaître ce beau phénix. Ce que je sais par contre, les religions jeunes ou vieilles ne m’intéressent pas du tout. Ni les sectes, ni les partis, ni les clubs, ni les cercles. Je ne me soucie que de mes amis. Je les prie chaque jour d’ouvrir leur cœur, leur esprit et leur âme.

L’autre monde

On peut sortir grandi des épreuves de la vie, c’est la voie du guerrier. On peut apprendre à marcher sur les nuages, à chevaucher les comètes, à entrer dans la conscience d’un chêne. L’autre monde commence ici et maintenant. Telle est la clé qui en ouvre la porte. L’aventure n’a pas besoin d’un lieu particulier. Elle est en toi. Ou pas…

Ce qui ne nous dit pas comment mettre un pied dans l’autre monde. Y a-t-il une recette ? Une méthode particulière ? Ou faut-il compter sur une disposition innée, comme pour le nagual ? Certes la présence d’un nagual peut aider. Il diffuse une énergie particulière que les sensitifs perçoivent clairement et dont chacun se délecte. Mais à part ça, Madame la Marquise, aucune disposition requise. Il suffit de maîtriser le déplacement du point d’assemblage. Telle est la deuxième clé du nagualisme.

Le point d’assemblage

La notion de point d’assemblage (PA) est une clé abstraite de première importance. Non seulement la position du PA détermine notre humeur, mais elle conditionne aussi notre vision du monde et le monde lui-même.

Un déplacement plus profond du PA peut modifier l’apparence physique, les traits du visage, la morphologie, la couleur des yeux et des cheveux, l’âge et pourquoi pas ? le sexe. Je me demande pourquoi les transsexuels s’infligent des opérations chirurgicales irréversibles et coûteuses ? S’ils ne s’intéressent pas au nagualisme, tant pis pour eux. Plus loin encore, la position du PA fait de nous des animaux. Les sorciers adorent ses changer en corbeau. Peu porté sur la modération, je pourrais avoir ce vice, mais non.

Le point d’assemblage est une lueur vive dans notre aura par laquelle nous assemblons le monde. Le monde que nous percevons avec nos sens n’est pas le monde que nous montre notre cerveau. Le cerveau traite la masse d’infos brutes qui nous parviennent afin de les rendre acceptables, pour qu’elles cadrent avec la vision du monde rassurante que nous avons tous. Le cerveau censure. Le cerveau bride et dénature.

Descartes démontre naïvement combien nos sens nous trompent, j’affirme non moins naïvement que notre cerveau nous trompe. C’est la troisième clé du nagualisme.

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Cerveau censeur

Notre cerveau filtre l’info, la maquille, la recoiffe, l’habille d’un vêtement à la mode et nous la présente comme si c’était la réalité. Mais non. 

Cette prétendue pin-up pimpante que notre cerveau nous montre est en fait un abominable monstre du crétacé couverts de cornes, de griffes et d’ergots à venin. La réalité réelle, la vérité vraie du joli coin champêtre près d’un ruisseau à truites que vous aimez tant, je préfère ne pas vous la décrire. Les illusions protègent l’homme endormi. Le visionnaire se tape souvent de tristes scènes.

Le monde actuel, comme tous les autres, n’est pas une réalité objective mais le résultat d’un consensus. L’image que nous avons du monde n’est absolument pas la réalité du monde. Quatrième clé. Le trousseau s’étoffe.

Participer à ce consensus s’appelle assembler le monde. Et c’est la position du point d’assemblage qui détermine quel monde on assemble : le monde ordinaire, produit du consensus de la quasi totalité des humains vivants ? Ou n’importe lequel parmi les milliards de myriades de mondes possibles ? Ceci ne tient qu’à toi.

Il existe une infinité de réalités, toutes subjectives. La réalité objective est un leurre, un attrape-nigaud. Aucun oriental ne peut tomber dans un piège si grossier. La réalité n’existe pas, elle résulte d’un consensus. Un accord imposé à toute la population mondiale, tel est le pire dommage collatéral de la mondialisation. Cinquième clé. Cling ! Diling !

L’Orient désigne le monde spirituel où se lève le pur soleil intelligible, et les Orientaux sont ceux dont la demeure intérieure reçoit les feux de cette éternelle aurore. (Henri Corbin)

Si la réalité n’existe pas, que dire du rêve ? Il existe encore moins. Non, et c’est le paradoxe. Les rêves se comportent comme une réalité non consensuelle, non arbitraire, posée là, de toute éternité, avec ses règles strictes et non écrites qui font d’eux les fondations d’un autre monde, plus beau, plus attirant, plus gracieux que le soi-disant monde réel.

Attention ! Pas tous les rêves. Le nagualisme fait la distinction entre les rêves ordinaire et l’art de rêver, quand le guerrier est conscient de son rêve et le dirige à sa guise dans cette immensité là-dehors. Pour le guerrier qui rêve consciemment, rêver est beaucoup plus réel que la vie quotidienne. Sixième clé.

Ce monde est tout plein de choses magiques qui attendent patiemment que nos sens s’affinent. (William Butler Yeats)

Maîtrise astrale

L’art de rêver secoue le zombie qui dort dans le guerrier et l’empêche d’avancer. Quand le zombie s’en va, les sorties de corps déboulent sans crier gare. Alors le guerrier doit impérativement apprendre à gérer les sorties de corps. Ainsi le veut la septième clé.

Il y a plusieurs stades dans cette pratique. D’abord, avoir conscience d’une sortie de corps. Certains en font à leur insu et croient avoir des absences… On peut quitter son corps alors que notre conscience de veille reste dans l’enveloppe corporelle. Dans ce cas, nos aventures hors du corps nous restent inconnues. Mais non inconnaissables !

Un jour, peut-être, te souviendras-tu de ta vie secrète ? Passeras-tu de l’autre côté du miroir ? Le guerrier pratique la récapitulation pour se souvenir de la totalité de lui-même. C’est la huitième clé. Tout ce qui était caché sera révélé, dit la Bible.

Deuxième stade, le guerrier contrôle sa sortie de corps. Même lorsqu’elle survient à l’improviste, il n’est pas surpris, il arrête le temps, afin de régler le problème à loisir. Je suppose qu’il existe un troisième stade où le guerrier décide lui-même quand il sort de son corps, mais pour n’avoir pas acquis cette fluidité, je ne peux en témoigner.

Ce dont je peux témoigner pour l’avoir vécu plusieurs fois, quand la situation devient critique, le guerrier arrête le temps. Tandis qu’autour de lui tout se fige, il garde seul la mobilité et la vitesse qui lui permettent de gérer la crise ou d’échapper à une mort certaine. La vitesse intérieure est la neuvième clé de la sorcellerie.

Petit Scarabée

Tout ce qui était caché sera révélé. L’Apocalypse sacrée, la Révélation ultime, le Savoir absolu, la Connaissance des Mondes et des Sphères… La langue des Oiseaux, la Règle du guerrier, les mystères d’Isis, la nécessaire part d’ombre, le regard laser, la tierce oreille, les mains d’amour, la caresse qui guérit, la lumière intérieure…

Ami, entre dedans, sois baptisé dans ce jaillissement de clarté. Entre dans ta lumière, tu verras, tous tes frères sont là. Posséder cette ultime vérité, c’est avoir dans sa main la dernière clé du nagualisme.

Comment puis-je entrer dans ma lumière ? demande Petit Scarabée. Ton point d’assemblage tu dois décaler, jeune padawan, répond le vieux Yoda ridé comme un coda bridé par un soda.

En réalité nous ne savons rien car la vérité est au fond de l’abîme.
Démocrite