« Pourquoi nous prend-on pour des fous qui font peur ? » se demandent les mystiques. C’est vrai qu’ils font peur. Trop de mystiques ressemblent à des cinglés. Les plus frappés, d’ailleurs, sont souvent les plus puissants : ceux qui lévitent, qui guérissent ou qui marchent sur l’eau.

 

Mystique, illuminé

En ce domaine, on confond tout. Et même quand on veut faire preuve de discernement, les arguments sont pauvres et trop superficiels. « Les gens qui ne sentent pas la présence de Dieudisons de la transcendance… confondent souvent mystique et illuminé ce qui pour eux n’est pas vraiment un compliment. L’illuminé n’est-il pas celui entend des voix ? N’est-il pas un peu schizophrène ? N’est-il pas quelqu’un qui serait capable de tuer au nom de Dieu si les voix le lui inspiraient ? N’est-il pas quelqu’un qui cherche à faire parler de lui par tous les moyens ? L’illuminé n’est-il pas complètement fou ? » (source)Martine Charbonnel, Une aventurière de Dieu  

Nombreux sont ceux qui pensent ainsi. La folie fait peur, mais pas la raison. Et pourtant !

Si on fait le bilan, la raison raisonnante nous a fait autant de mal que la folie. Sinon plus ! Combien d’ailes a-t-elle brisées, cette raison qui, toujours, s’allie avec la peur ? Combien de Mozart assassinés de sa main ?

De mon point de vue, le mystique est l’homme vrai. Celui qui a connu les flammes de l’enfer. Celui qui s’est reconstruit. Celui qui a vu la folie du monde et celle des hommes ordinaires. Celui qui a pris sur lui la souffrance omniprésente dans cette fin de kali yuga.

De l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou. Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c’est la folie qui détient la vérité de la psychologie.

Michel Foucault

 

 

L’âge d’or

Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Chaque époque a sa propre conception de l’homme sensé, de l’homme vrai. Et tout ceux qui s’éloigne de ce modèle admis sont dangereux. D’ange heureux. 

Mais nous sommes au fin fond du déclin. Tout va mal, les gens se sentent mal, et le pire est à venir. Les hommes ordinaires sont faux, insensés, terrifiés par tout ce qui est grand. Pendant l’âge d’or, tous les humains sont vrais, justes et grands, car la bonté de la déesse se déverse sans fin sur eux.

L’âge d’or est comme le bonheur : on ne le reconnaît que quand il est passé.

Lao Surlam

 

L’âge d’or, vous le constatez tous les jours, n’est pas d’actualité. Il est passé depuis 60.000 ans. Ainsi le décrit le poète latin Ovide :

« Il fut d’or, le premier âge à naître : sans vengeur, sans contrainte, sans lois, il respectait la bonne foi et la droiture. Point de châtiment ni de crainte; nulle menace sur des tables de bronze et la foule suppliante ne craignait pas le visage de son juge; sans protecteur, les gens étaient en sécurité. Point de trompette droite, point de cor à l’airain courbé, ni de casque ni d’épée. Sans soldat, les tribus passaient de doux loisirs.

La terre aussi, dispensée de toute obligation, donnait tout d’elle-même. Un printemps éternel ! Les zéphyrs paisibles caressaient de leur souffle tiède les fleurs nées sans semis. Là, des fleuves de lait, là, des fleuves de nectar; des gouttes de miel blond tombaient de l’yeuse verdoyante. » (Source)Ovide, Métamorphoses, I, 89 – 11

Oui, c’est magnifique. Mais une telle perfection, une telle beauté peut-elle durer ?

 

 

L’homme parfait

Je crois que les Africains, qui sont les premiers Homo Sapiens, ont connu une phase de développement qui a duré longtemps. Ils ont habité des villes, ils ont colonisé des terres sauvages en Europe, en Asie et en Amérique où ils ont bâti des temples et des cités. A cette époque, les Dieux d’avant, nos créateurs, n’avaient pas créé l’homme blanc. Par la suite, les premiers Blancs vivaient encore comme des sous-développés. Ils se sont soumis à leurs maîtres noirs qu’ils considéraient comme des dieux, ou pour mieux dire, comme des hommes parfaits. (lire la suite)

Faisons-nous à cette idée : les hommes parfaits sont nos dieux noirs, et leurs descendants en ont gardé la grace et la sublime légèreté. La violence aussi, mais ne vient-elle pas de nos tortures à leur égard ? Et puis, après le beau…

Au-delà du beau commence le terrible.

Rainer Maria Rilke

 

Le gardien

Pour qui cherche la lumière intérieure, il faudra affronter le gardien du seuil. Le gardien, c’est la peur. Et le seuil, c’est la dernière frontière de la raison. Quand on arrive au seuil, on atteint l’extrême limite de la réalité ordinaire, régie par la raison. Affronter le gardien n’est pas sombrer dans la folie. La folie ne mène qu’à l’asile, pas aux richesses intérieures. On peut traverser le désert de la folie, c’est utile seulement si on en ressort entier.

« Folie des sages, sagesse des fous. »  (Idries Shah, Apprendre à apprendre)

Affronter le gardien, c’est accepter d’écouter ses deux guides, la raison de surface et l’intuition profonde. Les gens raisonnables s’interdisent de faire un seul pas dans cette direction. Pour eux, le moindre pas vers autre chose que leur marasme quotidien signifie déjà devenir cinglé.

Le gardien en toi
Le gardien selon Steiner
Le gardien de Castaneda

 

Inoffensifs

« Pour se rassurer, certains se disent qu’il existe aussi des gentils illuminés qui semblent inoffensifs. Mais à force d’être dans leur petit monde ou dans leur secte, ce chemin n’est-il pas suicidaire ? Ne risquent-ils pas d’être incapables de travailler, de s’alimenter, de laisser leur enfant mourir de faim en comptant sur Dieu pour s’en occuper ? Ne risquent-ils pas de déraper un jour et de défrayer la chronique par un geste fou ? »  (source)Martine Charbonnel, Une aventurière de Dieu

 

 

Dérapage assuré

Bien sûr que si. Ces illuminés ne sont pas des éveillés, tant s’en faut. Dans la plupart des cas, ils ne sont dangereux que pour eux-mêmes, heureusement. Mais quand ils se mêlent de diriger un pays, ça craint… Ils ont rompu les amarres avec le monde normal. Ils sont partis à la dérive dans l’improbable infini intérieur, sans guide, sans carte, sans balises.

Ils ressemblent à ces flippés qui ont trop pris d’acide, ces tristes zombis de Goa dans les années 70, ou d’ailleurs aujourd’hui même, notre société sans âme en fabrique à la chaîne. Qui leur jettera la pierre ?

Pauvres hères, fantômes du désir, tellement insatisfaits de la vie vide avide d’envie qu’on leur dévide, tellements frustrés. Ils ont pris une dose mortelle qui ne les a pas tués tout à fait, ils sont restés collés au plafond. Ou beaucoup plus loin. Ce n’est pas un modèle à suivre.Bien sûr que non.

 

Peu de candidats

Les candidats à la quête intérieure ne sont pas si nombreux, loin de là. Et les autres les prennent pour des cinglés. Quelle sottise ! Celui qui affronte le gardien du seuil n’a rien d’un illuminé. C’est un guerrier, un aventurier tendu vers le but, toujours en alerte et pourtant serein. Il sait que la peur est la première ennemie du chercheur de lumière. Il sait qu’il devra la vaincre ou être vaincu par elle.

Il sait que la raison seule ne peut rien pour lui, et il sait que sans elle on va dans le mur. Sans la raison, il s’éparpillera dans l’azur, comme ces pauvres drogués. Mais sans la folie, il retombera sur terre, les deux pieds dans le même sabot. Il comprend vite que les deux extrêmes sont indispensables à la vie.

Alors, en vrai guetteur d’étoiles, il se sert en même temps de ses deux cerveaux, il attelle deux chevaux à son Chariot, la raison et la folie. Le résultat de cet appariement s’appelle la folie contrôlée. Les druides celtes pratiquaient aussi cette technique, ils l’appelaient la folle pensée.

Ce sujet a été traité bien souvent, ceux qui m’ont bien lu le connaissent déjà, qu’ils veuillent me pardonner. La maîtrise de la folie, voilà le cadeau du gardien du seuil. Ce n’est sans doute qu’un ticket d’entrée, mais il lance le miracle.

La Quête Intérieure peut commencer

Ce qui est derrière nous et ce qui est devant nous compte bien peu à côté de ce qui est en nous.

Ralph Emerson

 

 

Le miracle, pour le guerrier comme pour Bouddha,
ce n’est pas voler dans les airs ou marcher sur l’eau.
Le miracle, c’est de marcher sur terre.
Il le sait. Lui qui marche souvent pieds nus sur les nuages.

 

Ou bien il « s’assoit sur un banc pour contempler deux arcs-en-ciel dans un ciel d’aquarelle sur l’autre rive d’un fleuve balayé par la pluie. Pourtant, tout près de lui, les gens ne s’extasient que devant des voiliers anciens exposés au public. » (source)Martine Charbonnel, Une aventurière de Dieu

Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : faire comme si rien n’était un miracle, ou faire comme si tout en était un.

Albert Einstein

 

Secrets de guérison

 

     

    Merci à Jean Giraud dit Moebius pour ces sublimes images

    La religion est pour ceux qui ont peur de l’enfer. La spiritualité, pour ceux qui y sont déjà allés.

    Lee Stringer
     
     
     
    Xavier Séguin

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