Livre des déesses, 5e volet

 

Inlassable, j’entrouvre des portes. Les ouvrir en grand appartient à chacun. Entrer ou pas demeure un libre choix. Ce qu’il y a derrière répond au regard qu’on y pose. Ce qu’on y fera ne dépend pas de moi.

 

Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor.
Que je parle ou me taise, ceci ne tient qu’à toi.
Ami n’entre pas sans désir.
(Paul Valéry)

Ce qui doit passer passera. Ce qui doit briller restera pour l’éternité dans la sphère infinie de l’Esprit. Auprès de Lui, le multivers est une crotte de souris. Les médailles, les honneurs, les diplômes, les louanges, les récompenses humaines semblent des affronts. Tout ce fatras de vaine gloire paraît si dérisoire aux fourmis que nous sommes !

Je regarde cette fourmilière et je me demande si les hommes sont encore capables d’amour.

Francès Farmer

 

Mais quand une seule fourmi s’éveille, les trompettes retentissent derrière les portes du Grand Ailleurs.

 

 

S’oublier

Livre des Déesses, versets 156 à 161

156 Solitude entourée de milliards d’inconnus
157 Tu n’es qu’un avec eux, sans eux tu n’es plus rien
158 Tu n’as rien à gagner ici-bas, tout à perdre
159 Oublie la jalousie, l’envie, l’argent, le rang
160  La matière mémoire soumise à rude épreuve
161 Tout ce qui périra doit être abandonné

 

Les paradoxes n’en sont pas. Quand tu n’es rien, tu es tout. Quand tu te crois grand, tu n’es que néant. Si tu fais équipe avec la race humaine, un pour tous, tous pour un, si tu t’effaces devant elle, tu deviens le Tout, le Must, l’Immense. Là d’où nous venons, nous retournerons. Ce qui se lit aussi ainsi : quand on vient de nulle part, on finira dans l’Incréé.

Il ne nous est pas demandé d’oublier l’amour, ceux qu’on aime, ceux qui nous aiment — s’il y en a. L’amour donne, il ne prend pas. Ce mouvement de toi vers dehors est à encourager dès maintenant, si ce n’est déjà le cas chez toi.

Il ne s’agit pas de viser la perfection : elle n’est pas de ce monde. Personne ne nous demande d’être parfait, simplement d’oublier tout ce qui ne l’est pas. Nous y compris. Dépasser l’ego, le petit maître, pour atteindre la plénitude du Soi.

On consacre la première moitié de sa vie à se forger un ego solide, et la seconde moitié à s’en débarrasser.

Carl Gustav Jung

 

 

Tout ou rien

Livre des Déesses, versets 162 à 167

 

162 La chair mourra, la matière suivra
163 Esprit tu es, esprit tu resteras
164 Sers-toi de l’Intention pour créer
165 Créer ton chemin vers la lumière
166 Créer avec la force surhumaine
167 Que l’Énergie déverse sur les gens

 

Les malheurs, les faux bonheurs que les malheurs remplacent, les peines, les fatigues, les échecs… Tout ce qu’on pourra perdre n’était pas génial. On s’y est habitué, mais c’est facile de s’habituer à mieux, croyez-moi : j’ai passé ma vie à ça.

Rêver d’un autre monde n’est pas fuir, mais grandir. Ouvrir enfin les yeux. Il y a une voix qui crie dans ton sommeil. Je sais que tu l’entends. Ou lointaine ou très proche, elle résonne depuis un moment. Dans ta tête ou dans la vraie vie, impossible de le savoir.

-Réveillez-vous monsieur ! C’est fini !
Aucune envie d’ouvrir les yeux.
-Réveillez-vous ! Vous êtes mort, monsieur ! C’est fini.

Si la voix disait vrai ? Si tu étais vraiment mort ? Si c’était comme elle dit ? Vraiment fini ?
-Réveillez-vous ! Vous êtes en enfer.

Allons donc ! L’enfer c’est ici. Il vaut mieux dormir. Continuer à faire semblant de dormir. Mais ce que tu ne veux pas voir existera quand même. Tant que tu dormiras, le déclin continuera. Alors éveille-toi et agis.

Je me suis réveillé pour voir que tous les autres dormaient encore. Alors je me suis rendormi.

Léonard de Vinci

 

 

Tristes humains

Livre des Déesses, versets 168 à 172

 

168 Vent glacial venu du fin fond de nulle part
169 Surgit le jour qui vient trop tard
164 Ce qui semblait immuable se dérègle
170 Ceux qui niaient la vie ont refusé la Règle
171 Tristes humains engloutis par l’Aigle
172 Pour n’avoir pris un nouveau départ

 

Encore la métaphore castanédienne de l’Aigle qui dévore notre esprit après la mort du corps. Dans le texte qui me fut dicté il y avait cette même notion. Je n’ai pas trouvé de meilleur mot pour le dire. Pourquoi l’Aigle sera-t-il frustré? Parce qu’il devra se contenter des humains sans âme. De tous les malheureux qui ont cru naïvement qu’il n’existait rien d’autre que ce monde virtuel.

À ceux-là sera donné une autre chance de vivre en esprit. Leur mémoire sera conservée, répartie entre tous les êtres destinés à renaître. Peut-être renaîtront-ils ailleurs ? Ou ici, à une autre époque ? ¿Quién sabe?

Ils auront autant de chances qu’ils en auront besoin. La clarté d’Hyperborée brille pour tout le monde. Même les aveugles la voient, tant elle éclaire. L’infini est éternel, l’Intention descend sur chacun, l’Énergie est inépuisable.

Serons-nous si tristes d’avoir perdu nos chaînes ? N’avons-nous pas assez longtemps dansé dedans ?

Il faut danser dans les chaînes.

Friedrich Nietzsche

 

 

Échapper à l’Aigle n’est ni la récompense de nos efforts ni la reconnaissance de nos mérites. Trop de religions nous promettent le paradis en échange du bien. Bien se conduire, honorer les puissants, se soumettre aux aberrations, tolérer les injustices, ne pas mentir…

Ne pas mentir, toutes les religions le demandent, aucune ne le fait jamais. Si les religions disaient la vérité, pourquoi seraient-elles si nombreuses ? Pourquoi se battraient-elles entre elles ? Pourquoi amasseraient-elles des trésors périssables ?

Peu d’êtres humains aiment faire des investigations et chercher la connaissance. Il est plus facile de croire.

Humbatz Men

 

 

 

Don d’abandon

Livre des Déesses, versets 173 à 176

 

173 Laissez tout ce qui pèse, on ne peut l’emporter
174 Dédaignez le tout : il ne sert à rien dans l’Ailleurs
175 Refusez ce qui vous retient prisonniers
176 La Liberté Totale est luxe sans pareil
177 Hors du corps, l’Esprit redevient Lumière
178 Ce qu’il est de toute éternité

 

 

 

Le lieu des Parfaits

Livre des Déesses, versets 179 à 183

 
179 Adieu l’humain, ton règne est terminé
180 Adieu le premier pas vers le lieu des Parfaits
181 D’autres pas seront nécessaires
182 Tu les feras hors de ton corps de chair
183 Jusqu’au pays de l’éternel printemps

Le lieu des Parfaits serait-il ce paradis promis par les vieux contes ? Ou la perfection qu’on peut ressentir dès qu’on a quitté le corps physique ? Ceux qui ont vécu les prémisses de la mort du corps comprennent de quoi je parle. Toute pesanteur d’un seul coup disparaît. On sait tout, on comprend tout.

On comprend surtout que ce monde physique est une énorme comédie. Il y a mieux à faire que répéter, inlassable retour, des vies l’une après l’autre, toujours les mêmes, cheminant sur la rue des longs murs sans fenêtres, sans horizon, sans rien qui ressemble à la Vie.

Comment oublier la certitude de l’autre monde quand on fait quelques pas sur son seuil ? Jamais je n’ai retrouvé cette sensation au-delà des sens, cette compréhension au-delà du mental, cette jubilation au-delà du bonheur.

Sur terre, sur la terre salie, gâché par la pollution que nous sommes, trop nombreux humains, sur cette terre de misère il n’est rien qui ressemble à ce ressenti-là. Rien ne sert de croire, d’espérer, de prier même. Inutile de se réunir pour invoquer l’éternel ou l’orage. L’orage et l’éternel sont en nous. Quand cette force se libère, on ignore les oppresseurs. Adieu les odieux. Finis les vicieux.

Le petit bourgeois se noie dans les eaux glacées du calcul égoïste

Karl Marx – Friedrich Engel

 

Les petits bourgeois ont quasiment disparu. Ils sont soit des nouveaux pauvres, soit des nouveaux riches. Montés dans l’échelle sociale ou descendus dans le caniveau. Et malheureux dans un cas comme dans l’autre.

Ceux qui accaparent sont plus nus qu’un ver de terre. Ceux qui se croient puissants sont balayés comme sciure dans la tempête.

Faut-il pleurer ? Faut-il en rire ? Font-ils envie ou bien pitié ? Je n’ai pas le cœur à le dire. On ne voit pas le temps passer.

Jean Ferrat

 

Nous resterons entre nous, gens de bonne foi, de bonne compagnie et de bonne volonté. En toute humilité

L’homme moyen cherche la certitude dans les yeux d’un spectateur et nomme cela confiance en soi. Le guerrier cherche à être impeccable à ses propres yeux et appelle cela humilité.

Carlos Castaneda

 

 

 

Loi du Vivant

Livre des Déesses, versets 184 à 189

 

184 Manger ou être mangé, loi de la jungle
185 Misère ou désir sans répit, loi de l’en-vie
186 La vraie loi qui t’attend est la loi du Vivant
187 Sans le poids du malheur, sans pesanteur aucune
188 Savoureuse et légère est loi de la joie pure
189 Dans l’infini de l’éternel instant

 

Tout ce qui vit mourra. Tout ce qui meurt s’enfuit. En ce monde il n’est rien qui dure. Aucune félicité qui ne doive se payer au prix du sang, de l’agonie, de la mort.

Garde-toi de rien ramasser qui se perde ou s’épargne. Donner sans compter ? Quand on aime on ne compte pas. Compter sans donner ? Quand on compte on n’aime pas.

Est-il justice plus puissante que l’éternité de l’instant ? Est-il droiture plus noble et plus enviable que la perfection du cristal ? L’éclat du diamant sans défaut, telle est ta nature profonde. Débarrassé des impuretés de la chair, ton Esprit est intact. Il brille infiniment.

 


Thémis la Justice garde les yeux bandés. Que peut-on attendre d’une justice aveugle ?

 

Le Livre des Déesses

 

L’Astral

 

     

    Xavier Séguin

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    Xavier Séguin

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