Chaque nuit l’inconscient te transmet des vérités que le cerveau maquille au réveil : j’appelle ça l’habillage. Pour se souvenir de nos rêves tels que tu les as vraiment fait, il faut gratter le vernis, exhumer les années mortes, identifier les protagonistes… et saisir la leçon. J’appelle ça le décodage.

 

1952

Le rêve qu’Elle m’a envoyé s’est déroulé de façon incompréhensible, dans le désordre : la faute à l’habillage. J’ai revécu par le menu des scènes de mon enfance que j’avais complètement oubliées.

La première, j’avais 3 ans : vacances d’été en Savoie, au Grand Bornand. Mes parents me laissaient jouer avec mes aînés, des jumeaux de 7 ans — l’âge de raison, soi disant — Jannik et Yannik, des faux jumeaux. Pour être faux, genre sournois et dissimulés, on peut dire qu’ils l’étaient. Ils le sont encore.

Derrière notre châlet se trouvait un lavoir. Il faisait très chaud cet été-là. Je portais une barboteuse rose et bleue, avec des cercles plus clairs où volaient des abeilles. Ma sœur grimpa sur le lavoir. Il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la pente du toit. Yannik s’est hissé pour l’aider.

Il se tenait sur la partie pentue du lavoir, là où l’on savonne le linge. Il a glissé sur des traces de savon. Jannik est tombée. Sa tête a heurté un coin du lavoir. Elle s’est écroulée par terre, sans connaissance. Aussitôt Yannik a couru chercher maman. Il hurlait à pleins poumons, croyant sa sœur morte. 

 

 

Je suis resté près d’elle et j’ai posé ma petite main sur sa bouche. Son souffle est revenu. Jannik s’est réveillée en me souriant. « J’ai vu les anges, dit-elle. Il y en a un qui te ressemblait. » Son front était orné d’une jolie bosse qu’elle a toujours, 74 ans plus tard.

J’ai rêvé d’autres scènes oubliées de ma petite enfance. Dans chacune d’elles, j’accomplissais des miracles. Au fur et à mesure que ça me revenait, je n’en revenais pas. Et à chaque fois, une voix d’adulte me répétait :
— Bébé facteur ! Toute ta vie tu seras un bébé facteur !

 

Trop grand pour moi

À chaque fois, il me semblait jaillir hors de mon petit corps pour m’incarner dans le corps gigantesque d’un ange ou d’un archange. Je ne dis pas que j’étais cet ange, bien sûr que non. J’avais pris place dans la conscience de l’ange et dans l’intérieur de son corps géant. Et là je me suis vu magicien guérisseur à différents âges de ma vie, accomplissant des miracles, un par un.

Je voyais les années défiler sur un calendrier en papier comme il y en avait jadis. Ceux des PTTPostes Télégraphe Téléphone, nom historique de La Poste étaient les plus beaux.

Les feuilles des jours s’arrachent à toute vitesse, trop vite pour être visibles ; je vois l’année en plan fixe pendant un court instant, et place au miracle. Les scènes se succèdent dans un ordre bizarre, ni logique ni chronologique. Quand j’avais vécu l’initiation de l’arcane 13, j’ai retrouvé une vingtaine des vies, là aussi sans la moindre chronologie.

Il n’y a pas de temps, on s’incarne dans le passé ou le futur, et ce n’est pas arbitraire.

 

 

 

1954

1954 – J’ai 5 ans dans la cour de récré de l’école maternelle. Un garçon tout rond est la risée de gamins qui lui crient : Grosse boule pataude ! Le gosse roule par terre et les rires redoublent. Grosse boule pataude !! J’interviens. Je suis haut comme trois bites à genoux, n’empêche que je disperse l’armada à coups de pieds et de poings. J’aide le martyr à se relever.

À travers ses larmes brille une reconnaissance qui me dilate le cœur. Il s’appelle Jean-Claude, c’est lui, c’est Devic. Nous sommes aussitôt devenus amis à la vie, à la mort. Rien n’a pu nous séparer. Nous sommes restés frères jusqu’à son départ. Et même après. Toujours je lui parlerai, je l’écouterai, j’agirai pour lui comme il le fait pour moi là où il est.

À la vie, à la mort.

J’en ai vu d’autres, et d’autres encore. À quoi bon raconter ? Ce faiseur de miracles, c’est lui qui vous parle 70 ans plus tard. Je n’ai jamais cessé de faire des miracles. Laissez-moi vous dire que je n’y suis pour rien. Quelque chose s’empare de moi en cas d’urgence, le calme m’habite, j’agis clair, net et précis. Je suis agis. Ce n’est pas moi qui fait. Pas moi qui sait.

 

JCF, XS, JCD : le trio infernal de Rochefort

 

Bébé facteur

Moi bêtement assis tout au fond de ma conscience, je l’ai vécu tant de fois ! Elles ont défilé dans ma tête en sarabande, torrent puissant que nul barrage n’arrête. Qui est celui qui me parle, qui me fait voir, qui me commande ? Je l’appelle Mon Captaine. Il me montre l’autre réalité, la vraie. C’est lui le patron. C’est lui qui chaque fois me crie cette idiotie : « Bébé facteur ! Toute ta vie tu seras un bébé facteur !« 

Cette nuit je me réveille dans les 3 heures. L’image dans mon rêve est trop désopilante. Je me marre tout seul pendant trois minutes sans pouvoir m’arrêter. Ce n’est pas bébé facteur qu’il me braille. C’est benefactor !!

 

Benefactor ? À 3 ans ?!

 

L’auteur

 

À 18 mois, je lisais l’arabe, le chinois, le pascuan, le sumérien et les hiéroglyphes. 
C’est fou ce qu’on oublie en trois quarts de siècle

 

Xavier Séguin

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Xavier Séguin

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