Sept fois vivant

Je ne savais pas ce que c’était qu’être vivant avant que je te rencontre. Tu as déverrouillé quelque chose en moi ce jour-là, quelque chose dont j’avais oublié l’existence. J’ai su que rien dans ma vie ne serait jamais plus pareil. À jamais tu m’as transformé. C’est toi qui as fait ça.

Qui peut dire qu’il connaît les sept vies ? Les chats en ont neuf, les humains seulement sept. C’est déjà pas si mal. Le sept est notre chiffre. Seth, sept. Qui connaît les sept vies ? Il y a moyen de vivre à peine, en se prenant pour un bon vivant. On peut vivre chichement, négligemment, atrocement. Salement. Bassement. Faussement. Connement. Le pire est toujours possible. Qu’importe, se dira-t-on. Ce qui compte, c’est d’être vivant.

Voire ! Il y a vie et vie. Si tu n’es pas sept fois né, que prétends-tu connaître ? L’essentiel est caché dedans. Reprends donc du dessert, mange encore une autre tranche de vie, ressers-toi mon ami, c’est compris dans le forfait. Mange. Tu vas sentir comme une deuxième couche à l’intérieur.

Ta vie a un double fond. Libre à toi de n’en rien faire, ou de t’en servir à loisir. C’est ton choix. À force les goûts changent. Mange. Mange encore, reprends-en, c’est pour toi que je l’ai fait.

Vie 1

La première façon d’être vivant chacun la reçoit à la conception, quand une gamète mâle pénètre l’ovule. Je ne peux pas dire qu’il y ait l’intervention du mental à ce stade, ce qui est sûr c’est qu’il y a vie, et tant qu’il y a vie..
– Il y a de l’espoir ?

Pitié ! Rengaine ta rengaine. Jamais je ne pourrais chanter une telle scie. Je t’en foutrais, moi, de l’espoir ! C’est le pire excrément de l’intellect humain !

Quand tu auras désappris d’espérer, je t’apprendrai à vouloir. (Sénèque)

Quand il y a vie, il y a énergie. Donc conscience. Avec ou sans cerveau. Quelle que soit la nature de l’onde, sa propagation s’accompagne d’un transfert d’énergie. Et tout transfert d’énergie s’accompagne d’une transmission d’information.

La spirale d’incarnation entraîne l’esprit éternel et omniscient dans le cœur même de la matière mère, mater materia. Sa course l’amène à l’endroit et à l’instant précis où Spermato féconde Ovula. Poof ! L’étincelle de la mise à la terre. La fine pointe en vrille de la spirale d’incarnation. Ainsi commence la première vie. Plus que six.

Avant cette première vie, il y a déjà conscience. L’être éternel parcourt l’entre vies dans l’espoir d’une incarnation. Renard de surface, il guette les lueurs d’amour des couples qui s’unissent. Une des lueurs l’attire, irrésistible. Il entame la descente suivant une large boucle qui se referme sur elle-même. C’est une spirale d’or. Régulières, les spires se réduisent. Précise, la spirale vise un point. L’ovule qui trône au centre de la lueur d’amour tendre. Au moment précis où le spermatozoïde amoureux atteint l’ovule du désir, la vie organique démarre et la conscience l’accompagne.

Contrairement à la croyance des physiciens, la conscience n’est pas un sous-produit de la vie organique. C’est tout juste le contraire. Sans l’hyperconscience omniprésente, aucun processus biologique n’aurait la moindre chance d’aboutir.

Vie 2

La deuxième éclosion, naturellement, c’est la naissance biologique. Un rite initiatique. Une épreuve, pourrait-on croire. Pas vraiment. Dans les nombreux cas de régression intra-utérine que j’ai pu rencontrer, je n’ai jamais audité d’engramme natal. J’ai connu des engrammes prénatalsintra-utérins ou autres des engrammes du cri primal, des engrammes divers du nourrisson, mais jamais au moment de la naissance, qui n’est une épreuve que pour la parturiente. Et encore, rarement traduite en engramme. Ne dit-on que c’est le mal joli, sitôt passé on l’oublie ?

La vie hors de l’utérus coïncide avec la fin de la vie fœtale. Ne croyez pas que cette vie extra-utérine se prolonge jusqu’à la mort du corps. La troisième vie ne peut commencer qu’après la deuxième mort. Il en va de même pour chacune de nos vies. Pas de cumul possible, il faut mourir pour entamer une nouvelle vie. C’est la leçon du phénix, l’oiseau magique qui renaît de ses propres cendres. Il faut mourir à soi-même pour se régénérer. L’éveillé traverse sept morts initiatiques qui sont autant de naissances. Autant de réalisations.

Vie 3

La troisième façon d’être vivant est aussi la première façon d’être mort. C’est la fracture originelle, non pas le péché originel des chrétiens, mais la séparation brutale du petit être et du cosmos vivant, fourmillant d’émotions positives et de bien-être.

Le petit accouche de lui-même, et c’est toujours dans la douleur. La fracture originelle est le nom que donne Flornoy à l’engramme de base. L’âge le plus fréquent pour cette rupture initiatique est 3 ans. À partir de là, le paradis terrestre disparaît pour laisser place à la folie ordinaire. Bienvenue au monde.

Sur cet engramme de base vont se développer diverses lignes engrammiques qui vont sérieusement obérer les facultés surnaturelles du sujet. D’autre part, le rideau d’oubli tombe aussitôt sur cet engramme : sur ses circonstances et ses causes, sur son contexte et de manière plus radicale sur tout ce qui s’est passé avant lui.

Le petit enfant ne se souvient plus de ce qu’il a vécu avant cette fracture. Voilà pourquoi elle est originelle. Mais la source de l’origine est bien avant elle. Pour y parvenir, le chercheur de lumière devra opérer dans ses profondeurs le grand nettoyage de printemps de l’arcane XIII, vivre l’exaltante catharsis qu’il entraîne, descendre aux enfers pour mieux monter aux ciel, avant d’éradiquer cette souffrance originelle, et de voir toutes les douleurs qu’elle a engendrées tomber du corps comme des peaux mortes. C’est la mue émotionnelle. Salutaire.

La porte du monde intérieur repose sur des gonds bien huilés. Elle s’ouvre en silence sur de grisants vertiges. Si tu as connu la troisième façon d’être vivant, c’est déjà une grande chance. Bien peu de gens dépassent les deux premières.

Vie 4

Ta quatrième vie est une action de grâce. Un grand pardon, pour toi et pour le monde. Un merci plus grand encore, le Thanksgiving du cœur ouvert. Ce chant de remerciements, tu l’entonneras avec l’Étoile. Sans compter ta peine, tu te consacreras à la réalisation du grand œuvre sur le chemin de lumière, car tel est l’âme de cette étape. Elle peut se prolonger jusqu’à la fin de tes jours, tu poursuivras encore l’inaccessible Étoile alors que ton chemin de vie t’aura déjà mené plus loin qu’Elle. Oublie-t-on jamais la Déesse Mère ?

Ainsi l’ai-je vécue. La vie 4 est chanson, danse, musique. L’étroite reconnaissance de mon unicité avec tout ce qui vit et meurt, le chagrin, le bonheur, le désir et la peur. Et puis, la peur vaincue, digérer la clarté. Ne pas devenir esclave des pouvoirs reçus, comme d’autres sont esclaves de la mode, du dernier gadget, smartphone ou autre objet connecté. Plus tu te connectes à la Grande Pieuvre, plus tu perds tes connexions subtiles et la façon de t’en servir.

Plus tu nourris les gros nuages noirs du Cloud Omniscient, plus tu te dépouilles de ton intimité, ton identité, ton intensité. Te voilà dilué sur dix mille écrans, ton nom n’est rien, ton esprit encore moins, ne reste de toi que la grimace idiote qu’une ex a saisi au vol sur ta face blême. Cet icône devient plus connu que John Lennon. Tu es foutu, c’était écrit dès ton premier smartphone.

Le progrèsmon cul ! nous a volé l’horloge intérieure en nous fournissant montres et pendules. Il a volé la transmission de pensée en inventant le téléphone et toutes les télécommunications, y compris internet. Il avait confisqué notre sens de l’orientation en redécouvrant la boussole. Il avait chouré notre pouvoir de voler en inventant la roue. Il avait zigouillé notre sens culinaire et notre goût pour les produits frais en commercialisant les plats cuisinés. La merde en pot, voilà ce que c’est.

L’homme est vraiment un singe nu, mais pas pour les raisons avancées par Desmond Morris. Nu parce que braqué, violé, dépouillé. Nu comme foutu. Et singe parce que ça crève les yeux. Tous ces pouvoirs qui sont les nôtres depuis l’aube de notre espèce deviennent des gadgets de matière et d’électrons. Nous sommes dépossédés de nous-mêmes par un monde virtuel. Je veux dire encore plus virtuel que le monde virtuel dans lequel nous errons comme des somnambules.

Vie 5

Virtuel pour virtuel, autant choisir la grande aventure. La cinquième vie ne commencera qu’avec tes explorations du monde astral. Le plus souvent, elles te mèneront vers le bas. Le passé, l’inframonde, les enfers du monde celto-latin. Le chemin descendant est le plus facile. La remontée peut s’avérer délicate. J’ai mis vingt ans à traverser toutes les phases de La Lune.

L’astral commence au coin de la rue, on le rencontre à tout bout de champ, encore faut-il le désirer. En avoir envie. Il va te falloir mourir une fois pour toutes aux désirs de la matière, t’alléger un peu plus, dépasser le singe nu pour atteindre l’ange nu. En attendant l’archange en érection.

Magie sexuelle, septième ciel, sortie de corps au septième orgasme, tantrisme, désir muselé, utiliser la sève intérierue pour ouvrir les chakras supérieurs… Tonne le canon à orgones du génial Wilhelm Reich. Le Grand Reich.c’est lui. La cinquième vie ressemble au paysage de l’arcane XVIII La Lune, avec un peu de la fougue érotique que mesure l’arcane XV Le Diable.

Vie 6

Le Soleil d’Austerlitz se lève sur le premier matin du monde. Tu es re-né, tu es nu, nouveau. Tu es Néo qui sort de sa Matrice. Enfin tu regardes ton double dans les yeux. C’est l’image de l’arcane XVIIII Le Soleil. Le grand soleil qui brille haut et clair. Qui brûle aussi, une fois de plus, tout ce qui doit brûler pour que l’ascension se poursuive.

Sixième vie, mon garçon. Je te la souhaite longue et dure.mais courte au repos, comme celle de Zeus. Cette sixième vie qui commence pour moi promet d’être une magnifique portion d’éternité, aux énergies triomphales, grisantes, où tout devient facile, surtout le renoncement.

Vie 7

La septième vie, c’est la dernière. Le Mat. Que puis-je en dire moi qui n’y suis pas ? Deux arcanes m’en séparent encore, si je dois cheminer la voie du tarot dans sa version longue. Les amateurs de raccourci n’attendent pas Le Jugement pour mater. Ni Le Monde pour démâter. Qui vivra verra. Que sera sera.

Dépêchez-vous, mangez sur l’herbe, un de ces jours, l’herbe mangera sur vous.
Jacques Prévert