Le couple alchimique

Bien des conneries ont été dites sur le sujet, répétées par de nombreux ignorants. Je vous épargne une énième emmerdante version en sautant dans le grand bain sans bouée canard. Le couple alchimique, je l’ai vécu à plusieurs reprises. Et je le vis encore. Oui, à 71 ans. J’avoue, j’ai eu cette triple chance, et tant d’autres.

Ce que ressent un couple alchimique c’est le vécu qu’exprime l’arcane L’AMOUREUX du Tarot de Marseille – un vécu trop bref pour l’Amoureux déçu.

Chagrin d’amour

Sur le chemin intérieur que représentent les 22 arcanes majeurs du tarot initiatique, l’Amoureux désigne la phase d’individuation, au sortir de l’enfance, quand l’homme prend femme et quand la femme prend le large – ou le contraire. Le premier amour se solde par un cuisant échec. C’est nécessaire. Les jeunes protagonistes ont le cœur déchiré, un terrible chagrin, voire l’envie d’en finir avec cette vie ingrate.

Ainsi le cœur s’ouvre, dans les larmes de sang. Et l’enfant est adulte à travers ce baptême terrible. Si terrible que bien des adultes l’ont oublié. Totalement oublié. C’est l’engramme mère que recherchent les passeurs des petits mystères. J’ai rempli cet office pendant plus de 15 ans. Mais les techniques d’autrefois ne font plus. L’arcane XIII se passe toute seule, sans revécu engrammique, presque sans souffrance. C’est le passage à l’arcane XVI – La Maison-Dieu qui sollicite mon aide à présent.

Le reki d’Erquy

L’éveil ! Il est parfois si long à venir, alors qu’il suffit d’un déclic pour le mettre en place. J’ai la chance (?) d’habiter un lieu puissant, où l’énergie de la terre se marie aux vents et aux vagues. Sur ma côte d’Armor, agrippées au jardin sauvage, deux maisons contemplent la baie d’Erquy. La mienne et celle où j’accueille mes visiteurs. Deux maisons, un jardin. Un arbre protecteur, une forêt de mimosas, partout des fleurs et la vue, oh la vue !

Ici j’ai mis au point une technique héritée de mon benefactor. Il faut sans cesse évoluer au fil du temps qui passe. Chaque époque demande une actualisation des gestes et des rites. J’ai inventé le reki d’Erquy, en me branchant sur les énergies particulières de ce lieu que j’habite depuis 7 décennies. Expérience intense.

Aussi spectaculaires que soient les résultats, mon reki est superflu pour les chanceux qui vivent en couple alchimique, comme pour les adeptes qui se vouent au tantrisme. Les autres sont les bienvenus.

Nicolas Flamel

Quelques auteurs ont tenté de rapprocher le tantrisme et le couple alchimique. Serge Hutin s’y efforce en vain : sans doute n’a-t-il pas choisi le meilleur exemple.

Le couple alchimique ? On pense tout de suite au cas le plus célèbre, le plus familier, celui de Nicolas Flamel, le plus célèbres des adeptes de la fin du Moyen Age, et de sa fidèle épouse, Dame Pernelle.

On ferait aisément ici le parallèle avec une grande tradition magique secrète orientale : le tantrisme, où existe la distinction entre la voie dite de droite (celle de l’ascèse solitaire) et celle de gauche (vécue en couple).

(…) Analogie avec, dans l’alchimie occidentale, la réussite du grand œuvre vécue soit par un ascète solitaire, soit par un couple. Dans l’un et l’autre cas, il y aurait utilisation, maîtrise et transposition de l’énergie sexuelle, «retournée» pour laisser apparaître la force magique libératrice. (source)Serge Hutin, La tradition alchimique : Pierre philosophale et élixir de longue vie

Le ménage Flamel était un couple d’alchimistes, ce qui ne fait pas d’eux un couple alchimique. Ils se sont tous deux essayé au grand œuvre, mais en bons chrétiens qu’ils étaient, je doute qu’ils aient recherché le saint orgasme du tantrisme.

C’est fou les âneries qu’on peut lire ça et là ! Plus j’avance en âge, plus j’en débusque à la pelle.Allah pèle ? Connaissent-ils seulement leur sujet, ces farceurs qui copient-collent ce qui s’est dit avant eux sans en comprendre un traître mot ? Cherchent-ils quelque noble accomplissement, sont-ils en quête d’autre chose que de reconnaissance ou se satisfont-ils de faire bonne impression ? Un mystère que je n’ai nulle envie d’élucider.

Le tantrisme

Indiscutable, le rapport entre tantrisme et couple alchimique est intime. Les deux sont issus d’une même pratique ancestrale, elle-même initiée par des sachants, les dieux d’avant qui nous ont tout enseigné. Ils sont les descendants ou les héritiers des visiteurs des étoiles qui ont terraformé cette planète il y a des éons de ça.

Omniscients, tout-puissants, suréquipés, ils sont arrivés sur une planète vagabonde il y a plusieurs milliards d’années. Planète artificielle de la taille de la planète Vénus. Leur vaisseau-mère porte une foule de noms : Nibiru, Olympe, Eden, Venise Céleste, Paradis – les Grecs l’appellent Hyperborée.

La planète Vénus porte le nom de la déesse de l’amour. Lascive, active, jouissive Aphrodite, toi qui concoctes tes élixirs et tes philtres d’amour. Ton corps est l’athanor parfait, fait pour servir d’autel. En guise de sacrifice, on y célèbre une triple offrande : le cœur, l’âme et le corps sublimés dans le plaisir ultime, le saint orgasme.

Le tantrisme utilise la sexualité pour fusionner le corps et l’âme, le féminin et le masculin et atteindre, au terme d’un long processus de méditation, l’extase de l’esprit et du corps. En clair, il s’agit d’atteindre l’orgasme sans émission de fluides, et ce afin de ne pas perdre son énergie sexuelle. (source)

C’est ce qu’on peut lire un peu partout. Je ne vois pas de méditation dans le processus d’union sacrée. Mais j’y vois de l’action. Ce que j’ai vécu m’incite à penser que le tantrisme est plus physique que méditatif. Il vise à la fusion des corps, en évitant la confusion des personnes. Retenir le sperme pour éviter que l’énergie de la kundalini se libère au niveau du chakra sexuel. Ensuite l’adepte doit faire remonter l’énergie jusqu’au chakra supérieur, celui du ventre. Et ainsi, de chakra en chakra, l’énergie vitale est moulinée et transmutée pour finir divinisée par l’effusion du chakra couronne, la fontanelle.

Ici le sexe est un moyen, et non une fin. Il s’agit d’atteindre l’union parfaite et l’orgasme total, impliquant tous les chakras, et pas seulement le chakra sexuel.

Le couple alchimique

La passion amoureuse de deux âmes sœurs et la flamme contrôlée du tantrisme sont deux moyens d’utiliser la sexualité sacrée pour atteindre l’éveil. Il s’agit bel et bien d’alchimie, de magie sexuelle. L’alchimie dont il est question est un contact magique, profond, immédiatement intense et délicieux. Rien à voir avec les athanors, les cornues, les fours de briques et les réductions dans un creuset. Tout à voir au contraire avec le Cantique des Cantiques, la passion-déraison du roi Salomon et de la reine de Saba, la fusion sans confusion de deux êtres qui se reconnaissent semblables et complémentaires.

Dans un élan qui peut durer toute la vie, ils s’épousent et se donnent du plaisir. Un plaisir rare, aussi intense que jubilatoire, sans retenue, sans pensée, le bal de ta peau sur la mienne, la danse de tes seins dans mes mains quand nos cuisses s’unissent, oh mon amour, ma perle rare, océan de félicité. Si tu me donnes un fils, qu’il vienne à moi dans son âge d’homme, voici une bague à mon sceau, par ce signe je le reconnaîtrai. (source)

Cette alchimie-là – chimie des corps, accord physique – est à rapprocher, selon moi, des affinités électives de Gœthe, les fameux atomes crochus qui génèrent entre deux êtres le coup de foudre et la passion sacrée.

Passion souvent fatale pour Jean-Jacques Rousseau et les auteurs romantiques. Le romantisme est un excès. Fatale, toute passion ne l’est pas. Perdre la raison ? La belle affaire ! On s’y emploie en vain pendant des années, quand il suffit d’aimer !

Passion sacrée parce qu’elle est prière, action de grâces, obéissance, humilité, élan, sacerdoce, humanité, tendresse, sainteté, santé, sobriété, et bien d’autres choses excellentes et réconfortantes en vente itinérante.

Dire que je peux pas m’empêcher de déconner, c’est énoncer une évidence. Plus le sujet est grave, plus je le suis – dans le sens : il est grave de chez grave le keum.

Éloge du rire

Cette déconne n’est pas que déconnade de vieux potache. Comme l’humour des contes soufis, elle a son intérêt. Les plus malins l’ont pigé. Au fou que je suis, les plus crétins préfèreront les savants guindés, bardés de certitudes, imbus de leur cendres, pour lesquels rire est le propre des cancres. Plaignons-les, ils ne savent pas ce qu’ils sont.

Rire est le pied du guerrier, le cran du savant, le bonheur de l’ingénieur. Rire est guérir. Se guérir. Une journée sans rire est une journée perdue. Je les gagne toutes. Il y a tant d’occasions de rire dans une journée ordinaire ! Ce qui la rend extraordinaire.

Se prendre au sérieux, s’admirer, se rengorger, se glorifier, se mettre en avant, se la péter, faire le beau, se pavaner, se parer des plumes du paon, c’est toi que tu plumes, c’est toi qu’on pend, dindon de la farce, perdreau de l’année, ridicule singe nu face au multivers.

Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, tu te cramponnes à l’ancien paradigme, mais ce parachute est percé de toutes parts, il laisse passer l’air porteur, l’air sauveur que tes semblables ont pollué sans pitié et qui te fait défaut, tu tombes, petit homme, tu dégringoles de ton perchoir et pour la première fois de ta vie tu te poses la bonne question : qu’est-ce qui m’a pris de grimper aussi haut ?

Tu découvres à tes dépens les méfaits de la gravité. Et dans ta tête enfin vide résonne cette évidence narquoise : plus la chute est moins haute, moins la vitesse est plus grande. Mais là c’est le contraire.

À lire deux fois. Trois pourquoi pas ? La quatrième t’éveillera. (Lao Surlam)

Les choses ne prennent que l’importance qu’on leur donne, et les gens ne prennent que celle qu’ils nous volent. 
Friedrich Nietzsche