Dans l’éveil planétaire

 

C’est arrivé sans crier gare. Mercredi, je me suis réveillé plus tard que d’habitude. Une brume épaisse noyait le jardin. On n’y voyait pas à deux pas. Mon locataire est privé d’internet :  connexion mais pas de signal. J’ai tout vérifié, mystère. Ça me dépasse. Je trace. Ce truc a tout déclenché.

 

666

Déraciné je suis. Dépaysé. Dans un autre moi-même, je flotte. Cette sale brume me projette ailleurs. Où ça? Mail à Noémie. Elle répond, les mails sont dans un article à lire d’abord. Posté en urgence.

Avec une surprise de taille: au moment de mettre en ligne, j’avise le compteur de mots: 666!!! Il y a exactement 666 mots dans notre échange! 666!!! Le chiffre de la Bête, c’est Jésus qui l’a dit!! J’en suis resté baba comme Ali. Ses mots et les miens, que ça fasse pile 666, il y a une chance sur combien? Sur six cent soixante-six? Sur six millions six cent soixante six mille six cent soixante six? Ou pire?

L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. (Blaise Pascal)

 

C’était hier. De retour chez moi, devant mon clavier avec vue sur mer, j’ai les idées plus claires pour conter l’aventure et mon ressenti.

 

Triste parallèle

Il semble que je sois coincé dans un univers parallèleLa source de mon grand chagrin vient d’ici où je suis. Cette tristesse sans cause me poursuit, j’en parle depuis des jours. Matière morose qui pousse ici.

Un monde dont la matière n’est pas la terre mais la tristesse. C’est là que j’ai été transporté. Nous vivons sur un faux monde à l’intérieur du vrai. Je l’ai vu souvent, le plan où nous sommes est irréel, parodie, simulacre. La réalité est ailleurs, cherche-la dans tes rêves. Quand j’ai vu Matrix, j’ai compris que je n’étais pas le seul. Nous sommes des millions à penser ça.

Toute réalité existe dans l’esprit. Le phénomène externe, ce qui apparaît, n’est que son expression extérieure. L’univers visible est le reflet de l’invisible. (Platon)

 

Elle m’étreint le cœur, elle m’affaiblit le corps, cette tristesse, longueur d’onde de l’autre monde, le vrai. Tout y respire une terrifiante tristesse. Ni couleur ni relief, de la brume. Ce côté vaporeux des sensations qu’on a, le sentiment diffus d’une irréalité — alors que c’est la réalité. Semble-t-il…

Cette réalité hypothétique, inaccessible, est l’autre côté du monde normal. Est-il normal, ce monde en trompe l’œil? Ce monde qu’on dit nôtre n’est qu’un faux semblant. Le trou noir est troublant. Une parodie de l’autre réalité. Jadis une femme aimée m’a permis d’y aller.

Pour elle, au cinquième jour avant ses règles, le monde devenait flou. Instable. D’amples vagues ondulaient le paysage. Et ces larges rubans s’écartaient un peu. Elle avait le pouvoir de se glisser dans l’interstice. Et de m’y emmener. Inoubliable sensation, la traversée du décor. Mais aucun souvenir de ce qu’il y a derrière.

C’était lui. C’était ce monde de tristesse sans cause. Monde du perpétuel chagrin. Le pays d’en dessous. On n’y fait qu’y passer pour ne pas y rester. Un humain peut mourir de tristesse dans ce trou de l’hyperespace. La raison est en danger. Ma maison est encerclée. Sont-ils invisibles? Je ne peux pas les voir, je les sens qui s’approchent dans la brume.

Ils me veulent. Ils m’envient. Ils m’envoient des fusées de haine, de douleur, de chagrin. Rafales d’une violence si intense que je perds connaissance.

 Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. (Antonio Gramsci)

 

 

Bocal, mon décor

Rien n’est vrai où tu es. Juste un décor, je vois d’ici les coutures et les clous. N’empêche que j’aimerais bien regagner mon bocal et sortir de ce chagrin.

Le délire du décor me tient au cœur et au corps depuis plusieurs années. Un décor mal foutu, désolé de le dire. Quand on regarde mieux, on voit les reprises. Le scotch qui rafistole. Le gaffer censé tenir pour toujours qui se décolle, misérable. On se demande si ça va tenir encore longtemps. Les propriétaires ne font plus de travaux, ils cherchent à vendre.

Vendre à qui? Les clients ne manquent pas. Entreprises de spectacles, exploitations minières, syndicats touristiques, caisses de retraites… Au niveau galactique, une occasion comme Terra ne se manque pas. On en parle jusque sur Aldébaran. Bientôt Grand Central sera sur le coup. Si eux ils achètent, vu la taille qu’ils ont, ça sera pour en faire une maison de campagne.

Près du Giga Trou Noir, ils font des kilomètres de haut. Terra toute entière suffit à peine pour une villa et son jardin. De gros travaux seront nécessaires. Augmenter la gravité, varier la composition de l’air, désaliniser l’eau des mers, irriguer les déserts, modifier le climat… Ça prendra une poignée de millénaires, mais il faut ce qu’il faut. Ces grands-là ne vivent pas comme nous autres.

Pardon? Ce qui arrivera aux populations actuelles? Qui s’en fout? Les investisseurs ont d’autres chats à fouetter.

 

Gibier captif

Nous sommes dans un monde parallèle fabriqué par des entités animales pour nous garder prisonniers. Ces animaux se nourrissent de toutes nos émotions, pensées, idées, lumières, sensations, sentiments, découvertes et calculs divers. Sans nous ils ne seraient rien. Sans eux nous serions libres.

Ouais, libres, libres, c’est vite dit. Changer d’exploiteur? Appartenir à des investisseurs qui nous croqueront comme amuse-bouche? Ou rester propriété des animaux qui nous sucent l’énergie et nous vident de notre substance lumineuse? Quoi qu’il arrive, on est dans la merde. Ceux qui ne me croient pas ont raison de faire l’autruche. Ils gardent une chance de mourir contents.

Je commence à comprendre mon Devic avec son pessimisme. Il souhaitait qu’il n’y ait rien après la mort. Selon lui, si jamais il y a quelque chose, ça risque d’être pire qu’ici et maintenant. Voilà qu’il est mort, je l’ai revu plusieurs fois depuis, il avait l’air bien portant. Moins éclopé que dans ses derniers jours sur terre.

 

 

Double

Je suis dédoublé, un pied ici et l’autre dans ton monde. Très déstabilisant. Mais la tristesse redevient supportable et le jardin, quasi normal. La maison pas encore. Ai-je réintégré ton monde? Peux-tu me contacter en astral comme d’hab?

La sensation de dédoublement m’est familière. Je l’ai exposée en détail dans l’article Ici et ici. La bilocation fait partie de nos pouvoirs perdus. Il ne tient qu’à nous de les reconquérir. Et ça s’appelle l’éveil.

L’autre matin, le dédoublement m’était pénible. Bien plus que d’habitude. Parce qu’un des deux côtés est en enfer. Progressivement je suis resté du bon côté. Celui qui ne pue pas. L’habituel. Celui qui n’est pas vrai, mais on s’y fait. Parqués dans un faux monde, on tourne en cage, comme des lions au zoo.

Partout où tu voyages, tu restes en cage. Mais tu vois du paysage.

Deux hommes regardaient par les barreaux de leur prison. L’un vit la boue, l’autre les étoiles. (Idries Shah)

 

Incognito mon cul!

Je suis allé dans le vrai monde, le leur. J’ai évolué parmi eux sans qu’ils fassent attention à moi. J’étais invisible, imperceptible. J’ai pu comprendre plein de choses, tu peux les comprendre aussi.

Ce que j’appelle le vrai monde est celui du dessous. Celui des entités qui nous dirigent. Nous sommes leur bétail. Ils nous broutent la laine sur le dos. Pas que la laine. Et pas que sur le dos.

J’ai cru tout d’abord que c’était le seul monde véritable. En fait, non. Il y en a d’autres. Chaque monde est infini, sauf le nôtre, le seul qui soit bidon. Notre prison n’est pas un royaume. Juste une taule. Des bestiasses nous ont collé au gnouf où tout le monde trime pour eux. Sous les ordres du grand Mammon, dieu du pognon. Trimez, vermine! Aboulez la caillasse!

 

Mammon en veut toujours plus. Il dort sur son tas d’or, et c’est pas une image. Il dort en vrai sur de la vraie joncaille. Empilée, qui croule de tous les côtés. Il se prélasse comme un pacha blindé. Il roupille, il fait des rêves dorés, et sans fin l’or fin arrose le goret. Tête de porc et corps d’écailles, paré de perlouzes et de joncailles, tel est Mammon et sa racaille qui met le bétail sur la paille.

Il m’a vu, c’est certain. Sauf qu’il n’a rien montré.

 

 

 

Mails scalaires

Mes messages ne passent pas par internet mais par ondes scalaires que j’émets vers l’internet. La terre n’existe pas. L’univers est un piège. Je ne suis pas un enchanteur.

Mon benefactor était du Clan du Loup. Tous ses enfants aussi, du coup. Enchanteurs et passants. Je me voyais porte ouverte, entrez donc, venez voir là haut comme il fait beau. Mais le pays d’en-bas s’est refermé sur moi. J’en suis sorti indemne. Et sans indemnités.

Dur d’enchanter un monde aussi désenchanteur. L’envie m’en a passé. Je voudrais retrouver l’éclat d’Hyperborée, le Soleil indompté qui m’a tant fait rêver. En bas? Plutôt crever! Je n’y retourne pas. Un faux pas, j’ai glissé tout mon long tout en bas. Mais c’est fini pour moi, je n’y reviendrai pas.

L’enchanteur a déchanté. Le guérisseur ne peut ressusciter les morts. Le décor est tombé et les acteurs aussi. La scène était bancroche à l’odeur de roussi. Il suffit d’un instant pour se tirer d’ici. Un instant! C’est que dalle.

 

La faille

La faille est voulue. La brume irréelle, voulue aussi. Ils ont accepté que quelqu’un révèle la vérité. Depuis 2008, ils n’ont pas cessé de donner des infos. Est-ce la fin de leur règne? Un giga éveil planétaire?

C’est ce dont beaucoup parlent depuis déjà quelques années, il peut arriver sans prévenir en une fraction de seconde.

Sont-ils si négatifs, ces animaux voraces? Ont-ils senti le vent tourner? Font-ils l’impasse sur Terra, sur les hommes? Pour eux, perdre ou gagner, ça se vaut. C’est tout comme. Ils vont bientôt quitter notre enfer à la gomme. Eve a croqué la pomme. Mammon finit son somme. Sourire! Ils vont partir! On a passé le pire.

En tout cas ils font bien semblant. Ils m’ont signé un chèque en blanc. À moi d’y noter la somme.

Encore un coup de rhum? Quel est ce beau jeune homme et comment il se nomme? Serait-il roi de Rome? L’amant de la bégum? Non, c’est moi, c’est ma pomme! …Un beau nigaud, en somme.

 
 
 
 

Le mot de la fin

Ça dure une bonne partie de la journée. La brume a quitté le paysage mais elle me colle encore au corps par plaques opaques. Noémie veille tout le temps sur moi, je la sens à distance. En fin d’après-midi, elle m’écrit ça: 

17:32  Eh bien! Jusque là, je te sentais un peu flottant et ailleurs. Il me semble que maintenant, tu es bien là.
Oui, je suis ici et maintenant, j’étais ailleurs et demain. Je me dépêche d’écrire tout ce que j’ai vécu et compris.
 
Ailleurs et demain? Excellente collection de bouquins SF. J’y étais pour de bon. C’est pourquoi j’ai nommé cet article dans l’éveil global. C’est arrivé. J’étais vraiment dedans. Mais dans combien de temps va-t-il arriver chez nous? Perso je suis fin prêt. Je l’attends.
 
 
We shall overcome some day.
Joan Baez