Le point d’assemblage

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Dans le système de Carlos Castaneda, la perception est la clé de la magie ordinaire. Pour les sorciers, notre perception n’est pas la somme des impressions reçues par nos sens, comme on le pense d’habitude. Nous percevons le monde à travers un petit point lumineux, sorte d’objectif photographique, ou plutôt de curseur, comme on va le voir.  

Ce point lumineux s’appelle le point d’assemblage. Par ce point précis, nous assemblons le monde ordinaire. La réalité de tel ou tel monde dépend uniquement de la position du point d’assemblage. Le point d’assemblage ne se trouve pas dans le corps physique. Il est situé quelque part dans notre luminosité, celle de notre aura.  

Selon Castaneda et son mentor Don Juan Matus, le point d’assemblage est dans notre dos, 20cm derrière l’omoplate droite. C’est la position standard adoptée par quasiment toute l’humanité actuelle.

Nous percevons tous le même monde parce que notre point d’assemblage à toutes et tous est situé rigoureusement au même emplacement. A force, une sorte de petite cuvette s’est creusée dans la luminosité, qui empêche le point d’assemblage de changer de position.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans notre aura, dans ce que le nagualisme nomme notre luminosité, il y a place pour des milliards de positions différentes pour le point d’assemblage. A chacune de ces positions correspond un autre monde.

Deux questions surgissent : Pourquoi sommes-nous tous syntonisés sur le même point d’assemblage ? Et d’abord, qu’est-ce que le point d’assemblage ?

Pour le nagualisme, l’être humain peut évoluer sur cinq plans et dans une infinité d’univers, parallèles ou non.

A force d’intention, l’Esprit t’a touchée. Ton point d’assemblage est sorti de son logement, il se balade autour de la petite cuvette creusée dans ta luminosité. Un sorcier accompli n’a plus de cuvette, il maîtrise les déplacements les plus minimes de son point d’assemblage, ce qui lui permet de changer de forme physique et psychique.
 
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Par l’éclat de ses yeux qui brillent, il convoque de nouvelles positions du point d’assemblage et explore l’un après l’autre les mondes qu’il découvre. Sa patience est infinie comme le vivant est infini dans toutes ses dimensions.
 
Avec le sorcier implacable et patient, tu es allé visiter plusieurs de ces mondes. Le sorcier t’a prêté l’énergie nécessaire. Il t’a suivie dans tes explorations. Il a dû apprendre à modérer l’implacabilité, première conquête sur ce chemin-là. Tu ne veux pas mourir lapidée par des mots blessants. Pourtant la mort est ta voie de guerrière – toi qui dois mourir de ton vivant pour réussir ta quête.
 
A force de pratique, tu t’es éveillée. La mort n’était pas au rendez-vous, mais la vie. Dans ta luminosité, la petite cuvette est presque nivelée, elle forme une légère bosse là où jadis il y avait un creux, et sur la bosse glisse le point d’assemblage en mouvements incontrôlés.
 
Cela te donne une sensation désagréable de flou, d’incomplet mouvant. Tu te sens ballottée par le flux et le reflux. Tout est mouvant, strié de vagues, tout est ondulatoire et les vibrations les plus infimes te sont infiniment perceptibles.
 
Dans tes rapports avec le monde normal, tu te sens étrangère.  Une distance inhabituelle creuse son fossé entre toi et ton vieux monde. Une nouvelle continuité, fragile, a commencé pour toi. L’ancienne est tapie dans l’ombre.
 
Tu as parfois les idées claires – étonnamment claires et précises. Piège des certitudes ! Envahie par cette clarté surhumaine, souviens-toi qu’elle est le premier ennemi du guerrier. La connaissance immédiate n’a rien d’une prouesse, n’en tire aucun orgueil. Ce n’est qu’une étape sur le chemin.
 
N’y attache pas d’importance. Bientôt te viendront les pouvoirs. Reçois-les dans l’indifférence, ne t’identifie pas à eux. Tu expérimentes la première conquête sur le chemin, l’implacabilité. Les sorciers appellent cet état de conscience le lieu sans pitié.
 
Cet état plaisant ne dure pas, tu renoues trop vite avec ton vertige intérieur. 
 
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Bienvenue dans ta magie ordinaire. Avec elle s’inaugure ta nouvelle continuité, qui n’a rien à voir avec celle dans laquelle tu as vécu jusqu’ici. Les voyages magiques avec le sorcier te manquent de moins en moins, car tu peux les vivre seule, ils sont devenus ton pain quotidien.
 
La réalité d’hier est morte. Ta nouvelle réalité brille de mille feux qui t’éblouissent. Modère son éclat. Banalise. Avec humilité, reconnais ta faiblesse. Ni toi ni rien n’a la moindre importance. Que risques-tu, sinon ta vie ? Défense de baliser, tu dois banaliser.
 
Comme la pétoche, l’enthousiasme est inapproprié. Il expose aux déconvenues les plus dures. S’émerveiller de tout trahit un manque de modération. La deuxième étape est de l’acquérir. Modérée par la tempérance, l’implacabilité va te permettre de dépasser la période floue pour apprendre à te diriger dans cette infinité là-dehors.
 
J’ai dit dehors ? Elle est aussi dedans…
 
Je ne dis que ce que je peux dire et ce que je dois dire, rien de plus. Le reste, je ne le dirai jamais.
Gérard de Villiers