Lugh le Tuatha est dit Fils du Soleil. Apollon le Grec porte le même titre – à vrai dire, il a tant de points communs avec Lugh que de nombreux mythologues les assimilent : bien qu’appartenant à deux traditions séparées, Lugh et Apollon semblent ne faire qu’un. Les Romains, du reste, appelaient Lugh l’Apollon du nord.
Les Apollon sont nombreux dans les légendes celtiques. Il semble pourtant que le véritable Apollon des Celtes soit le roi Gurguntius ou Gargan, devenu Garganus en latin tardif. Une grotte du Mons Garganus (Monte Gargano) au sud de l’Italie était autrefois consacrée à Apollon.
Des Celtes en Italie? Pour moi, ce n’est pas une découverte. L’un des deux fondateurs de Rome n’était-il pas originaire de Gaule celtique? Rémus le Rémois s’est effacé devant son jumeau Romulus, mais sa présence fut indispensable pour sacrer le premier roi de Rome.
Géographe et ethnologue, Henri Gaidoz (1842 – 1932), est épris de celtisme et de connaissance traditionnelle. Il lance deux revues consacrées à sa double passion. Son rôle éminent dans les études celtiques en France lui valu le titre de chevalier de la Légion d’honneur.
Henri Gaidoz lance l’idée que le géant Gargantua n’a pas été inventé par Rabelais. Gargantua veut dire dévorant, avaleur. Gaidoz pense qu’il s’agit d’un dieu gaulois qui dévorait des victimes humaines brulées dans des hottes d’osier. « Pour établir sa thèse et le lien avec le monde celtique, il cite un Gurguntius fils de Beleni dans les chroniques de Giraud de Barri et de Geoffroy de Monmouth, identifié à Gwrgant du Mabinogion.
Chaque pays a sa littérature classique. La Grèce a l’Odyssée, l’Angleterre a Shakespeare et le Pays de Galles a le Mabinogion. Il se compose de deux manuscrits gallois médiévaux, le Livre Blanc de Rhydderch (1350) et le Livre Rouge de Hergest (1382-1410). Ses contes de dragons, de monstres, de chevaliers, d’une jeune fille complotant un meurtre, n’ont pas fini d’ensorceler les auditoires. Lues encore à la veillée, les histoires du Mabinogion semblent intemporelles, mais pour le clairvoyant, elles évoquent une époque aussi réelle que les dragons, les monstres et les chevaliers.
Je souscris totalement à la thèse de Gaidoz, que Wikipédia cite du bout des lèvres, négligeant comme à l’accoutumée les thèses les plus novatrices. Tout comme Hachem le dragon d’Eden, le dieu Gargan dévorait bel et bien ses victimes. Mais il ne les brûlait pas dans des hottes d’osier, mais par le feu dévorant qui sortait de sa gueule de dragon géant.
La Gigantomachie raconte le combat terrible que les dieux Olympiens alliés aux Cyclopes ont mené contre des serpents d’une taille phénoménale. Ces serpents d’un autre âge sont quelques-uns des dinosaures qui ont survécu à l’extinction de leur espèce. Ces grands sauriens du mésozoïque ont régné sur notre planète pendant des millions d’années. Qu’on ne s’étonne pas s’ils ont développé dans leurs rangs un être supérieur, le dragon, tout comme les mammifères ont développé l’espèce humaine.
Il me semble important de souligner ce fait. Pour les Grecs comme pour les Romains, les géants ne sont pas humanoïdes, mais reptiliens. Sur les vases grecs, sur les fresques et les mosaïques romaines, la gigantomachie représente Zeus, dieu de très grande taille, combattant des serpents beaucoup plus grands que lui.
Ces reptiliens sont les monstres que nous connaissons sous un jour banal, les dinosaures. Nos scientifiques ne leur donnent aucune intelligence, aucun pouvoir supérieur au nôtre, et pourtant avez-vous remarqué combien ils fascinent les enfants ? Plus proches de l’essentiel, les petits sentent plus juste.
Et pendant ce temps, les savants intrigués se demandent pourquoi les géants sont représentés sous l’aspect d’interminables serpents. Leur naïveté est sans égale, parce que les géants sont des serpents. Leur taille est si imposante qu’elle leur a valu le qualificatif de géant. Ce code était connu dans l’Antiquité, il a échappé aux savants qui ne veulent pas entendre parler de serpents gigantesques.
Les pauvres choux ! On a les savants que notre ignorance mérite.
Pour les anciens, les humains de très grande taille ne s’appellent pas des géants, mais des Titans ou des Cyclopes. À preuve, la mythologie gréco-latine fait état d’un combat mythologique contre des humains de très grande taille : la Titanomachie. Pas de géants là-dedans. Les géants sont des reptiliens.
Le géant Gargan, reptilien, archonte et dragon, s’inscrit dans un mythe solaire associé à l’adoration du feu. Cette adoration du feu pourrait faire référence à sa qualité de cracheur de feu. Mais j’y vois autre chose.
Du feu sortait de ce char, un feu dont l’éclat éclipsait le soleil. Mais était-ce bien le char du soleil? Le pilotage du grand engin était ardu. Le jeune Phaéton ne put éviter une sortie de route, et le soleil enflamma la terre.
Comme son père Apollon avant lui, Phaéton était nommé Fils du Soleil. Bizarrement, tous les plus puissants des dieux antiques ont reçu ce titre de Fils du Soleil.
En Égypte, le titre exact était Fils de Ré Atoum, le dieu solaire. Les pharaons des premières dynasties ont été appelés Fils du Soleil eux aussi.
De l’autre côté de l’Atlantique, on retrouve ce titre dans les Andes: l’Inca, prêtre-empereur de son peuple, était Fils du Soleil. Et les Mayas appelaient les grandes époques de l’humanité les Cinq Soleils.
Un des nombreux titres portés par les hauts dignitaires tibétains d’autrefois, comme le Karmapa, était aussi celui de Fils du Soleil.
Les empereurs de Chine, autoproclamée le pays sous le ciel, reçurent eux aussi le titre de Fils du Soleil, tel le mythique empereur Yao, au nom qui se prononce comme Yahveh ou Jah.
L’omniprésence antique de ce titre pose question. Bien sûr, aucun de ces dieux ou demi-dieux n’est issu de notre étoile, le Soleil, où l’extrême élévation de la température rend impossible la vie humaine ou divine.
Lugh était fils d’un Tuatha dé Danann et d’une Fomoire, clan rival des Tuatha. Fomoires et Tuathas étaient des ennemis mortels qui se sont toujours livrés une guerre sans merci. Les deux clans de géants reptiliensou de reptiles gigantesques avaient la même origine, Hyperborée, dont Platon dit qu’elle était l’origine de tous les dieux d’avant.
Lugh avait pour père Cian le Tuatha et pour mère Ethniu la Fomoire, fille du dragon Balor. Si le dragon Lugh est un Fils du Soleil, ses parents le sont aussi.
L’épithète Fils du Soleil serait alors une distinction sacrée, tel le titre de Hadj que porte le musulman ayant accompli le pèlerinage à la Mecque. Or si le titre de Hadj est porté par tous les pèlerins, celui de Fils du Soleil semble beaucoup plus sélectif.
Plus qu’une simple distinction, il dénote une appartenance, une origine. Celle d’Hyperborée?
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