L’hérésie de Manès

La naissance de Manès, estampe chinoise du 14e siècle

 

Dans la Perse sassanide du 3e siècle, un jeune homme, Mani, se prend pour un nouveau prophète, successeur de Bouddha, Zoroastre et Jésus — Bouddha étant lui-même successeur de Rama ou Lama. C’est le début du manichéisme…

Il se répand vite, faisant des émules de l’Afrique romaine à la Chine en passant par l’Inde.

Ne croyez rien, et certainement pas ce que je viens de dire.

Bouddha

 

Multi-croyances

Manès naît en avril 216 d’une mère d’ascendance princière, originaire de Nahâvand dans la province de Hamedân. Son père, Fâtik (ou Pâtek), était un prince arsacide qui, selon les documents historiques, se convertit au gnosticisme consistant notamment en des pratiques ascétiques sévères. Au moment de la naissance de Manès, sa famille résidait dans le village de Mardinou à Babylone.

En 220, Fâtik reçoit d’un ange la mission de s’abstenir de vin, de viande et des femmes. Il est chargé de quitter sa patrie pour se rendre aux Indes où il rejoint une communauté ascétique. Il emmène son fils Manès dans ce voyage alors qu’il n’a que quatre ans. Là, le jeune garçon découvre l’austérité de la vie ascétique et apprend le détachement vis-à-vis de la vie matérielle. Il reçoit donc sa première éducation dans les communautés gnostiques que son père fréquentait régulièrement.

À présent, dans le langage courant, “manichéisme” désigne une attitude tranchée entre le bien et le mal, les bons et les méchants, le vrai et le faux… J’ai connu beaucoup de chrétiens qui partageaient cette vision dichotomique du monde, d’un côté les bons, de l’autre les méchants. Comme quoi la doctrine du vieux Manès fait son chemin dans toutes les croyances. Ou comme quoi les gens simples ont besoin de manichéisme pour s’y repérer dans ce fatras et juger sans forcément y comprendre grand chose. 

 

Un joyeux amalgame

Mais dans son sens premier, le manichéisme se jouait entre l’Irak et l’Iran actuels, au 3e siècle, sur les pas du prêcheur Mani né Manès. Mani nous est connu non seulement grâce aux textes chrétiens, notamment de ceux qui l’ont combattu –saint Cyrille d’Alexandrie, saint Augustin– mais également grâce aux sources arabes.

Le jeune Manès eut l’occasion de côtoyer une pléiade de religions, dont il va faire un joyeux amalgame. Il mélange un peu de mazdéisme et de bouddhisme avec le judaïsme, ajoute une pincée de gnosticisme et voilà sa nouvelle religion. Le vrai miracle, cette salade va prendre et en convertir plus d’un.

À l’âge de douze ans, il affirme être en contact avec un Jumeau. Jusqu’en 242, Manès reçoit deux révélations par l’intermédiaire d’un ange appelé Toum ou Twin ou simplement Hamzâd (jumeau), qui lui demande de propager la doctrine de Jésus. Il devient donc fervent partisan du christianisme et s’engage à prêcher la parole de Jésus en Inde.

 

 

L’ange jumeau de lumière

Par ailleurs, lors de cette première révélation, l’ange Twin lui ordonne de quitter les Mandéens et de vivre avec chasteté. Il mène donc une vie ascétique et attend encore douze ans avant de fonder et de transmettre sa doctrine nouvelle.

En 242, Manès revient à Babylone afin de prêcher sa doctrine. Manès reçoit une deuxième révélation divine : il doit fonder une nouvelle religion pour perfectionner les religions antérieures.

Arrivé en Perse sassanide, il se rend à Gundishâpour et proclame sa religion dans la résidence royale de Shâpour 1er. Il jouit dès lors de la protection royale, ce qui lui permet de diffuser sa religion dans toute la Perse.

Shâpour 1er le soutient car il estime que cette nouvelle religion permettra l’unité religieuse de son empire. Il favorise donc la création de communautés manichéennes. Dès lors, la doctrine se répand en Orient et en Occident, d’abord autour de Babylone.

En signe de gratitude, Manès dédie au roi de la Perse l’une de ses œuvres les plus importantes, le Shâpourgân. En une courte période, la doctrine manichéenne se développe de l’ouest à l’est, jusqu’au Tibet, et dans toute la Chine. On peut donc conclure que cette religion à vocation universelle était apte à être transposée dans différentes langues et donc à être diffusée dans différents pays.

 

Une bonne pincée de christianisme

Partisan fervent du christianisme, Manès décide d’introduire des éléments chrétiens dans sa nouvelle religion. En outre, suite à sa longue résidence en Inde dans les diverses communautés ascétiques, sa religion est fortement influencée par des éléments du bouddhisme. Enfin, il faut souligner que le manichéisme emprunte au zoroastrisme l’idée de dualisme qui repose sur le combat perpétuel entre le Bien et le Mal.

En fait, le manichéisme est basé sur le principe du dualisme selon lequel le combat entre la lumière et les ténèbres aboutit au salut de l’âme piégée dans le corps.

 

Saint Augustin combat ardemment les thèses de Manès… pourtant pétries de christianisme !

 

Autrement dit, il s’agit d’un conflit entre le monde spirituel, la Lumière du Bien, et le monde matériel, les Ténèbres du Mal. Selon cette doctrine, l’être humain créé par Dieu possède une âme divine, mais en raison de son corps matériel, il porte en lui les traces de l’obscurité incarnée par Satan.

La Lumière et les Ténèbres coexistent sans jamais se mêler. Mais au moment de la création de l’être humain, les Ténèbres ont envahi la Lumière. Dès lors, l’âme humaine appartient au royaume de la Lumière tandis que le corps est fait de particules de Ténèbres.

Réflexion
Nous ne possédons pas une âme
, elle est à l’extérieur de nous jusqu’à ce que nous la laissions pénétrer notre corps. Alors c’est elle qui nous possède. Le corps attend le salut que l’âme, enfin incarnée, lui donnera. Et ce salut s’appelle l’éveil.

 

L’éveil antique

 

Vers l’éveil

 

Naître = n’être

 

Une double création

Bien que très dénaturée par Manès, cette vision de notre création repose bel et bien sur une source crédible. Selon moi, après des années passées à pâlir sur des documents négligés par les universitaires, l’être humain a vécu une double création. D’abord, des visiteurs des étoiles venus d’Alcor dans la Grande Ourse ont terraformé notre planète dès sa plus tendre enfance, il y a quatre milliards d’années.

Ensuite ils (elles, en fait) ont créé des humanités successives, cinq jusqu’à nous, à commencer par les cyclopes, des géants d’une cinquantaine de mètres. Puis trois autres, en taille décroissante, jusqu’à notre petit double mètre… 

Malheureusement nous avons été créé sans âme. Nous n’étions alos qu’un corps, comme les animaux. Les androïdes reptiliens ne voulaient qu’une main d’œuvre animale pour les aider dans leurs aménagements planétaires. Mais grâce au talent d’Enki, le fruit de leurs manips génétiques a ému la Grande Déesse d’Alcor. L’animal était trop bien réussi, merci Enki !

 

 

La Dame d’Alcor

Elle s’est prise d’affection pour cette notre humanité, si bien qu’elle a décidé de nous donner une âme immortelle, ce dont nos pères reptiliens étaient dépouvus.

En cet âge des ténèbres qu’est le kali yuga, la Déesse ne peut veiller sur nous, elle dort au centre de la terre. En tant que reptilienne elle aussi, elle a besoin de cette dormance périodique, d’où l’existence du kali yuga.

Et dès son réveil, d’ici trois ou quatre siècles, ça sera reparti pour un nouvel âge d’or. Et pour une nouvelle humanité de plus petite taille… Certains d’entre nous serviront de guides et de benefactors pour ces drôles de schtroumpfs.

Je résume en quelques lignes ce que j’ai amplement développé dans des douzaines d’articles, depuis 2008. Tu ne connaissais pas Eden Saga ? Petit veinard ! Des découvertes passionnantes t’y attendent : 600 articles en version bilingue, 7 millions de lecteurs à travers le monde, des pléthores d’idées neuves et de récits originaux, largement de quoi se frisouiller les moustiches ! 

Mais revenons au manichéisme…

 

 

L’évangile de Mani

« Mani très rapidement se met à écrire un certain nombre de textes de genres différents : un Évangile, un Livre des Mystères, un Livre des Géants, un Livre des images. Il a très vite compris que les images avaient un rôle important dans la diffusion des idées. Les élus de la religion devaient d’ailleurs savoir lire et écrire. L’écrit participe à l’alphabétisation de la population. » 

« Pour les manichéens, le monde dans lequel on vit est ce temps médian du combat entre les principes du Bien et du Mal. Le Bien réagit au Mal en essayant de ne pas utiliser la violence. Les termes d’endurance et de souffrance sont souvent utilisés. La lumière se trouve enfermée dans les ténèbres, le but est de la libérer pour la faire remonter« 

(Anna Van den Kerchove)

 

Anna Van den Kerchove
 Doyenne de l’Institut protestant de théologie
Faculté de Paris

 

Manichéisme interdit

Tout change au début des années 270. Vahram, héritier de Shapour, interdit le manichéisme afin de rétablir la religion zoroastrienne comme unique religion de l’empire.

Les persécutions à l’égard des manichéens se multiplient et Mani est arrêté, supplicié, avant de mourir dans les cachots du roi en février 277. Pourtant, la mort du prophète ne marque pas la fin de sa religion.

 

Relapse et sainte

La foi manichéenne continue de se propager, de l’Afrique romaine au Turkménistan, de la Bactriane à la Chine, où les communautés manichéennes se maintiennent jusqu’au Moyen Âge tardif.

Ce prophète n’est pas si bête. Si les croyants avaient eu la même intelligence, ils auraient laisser tomber leur étroitesse pour épouser une foi plus vaste, plus complète, plus réaliste, en un mot : synchrétique.

Qui unit au lieu d’opposer. Qui s’associe au lieu de combattre. Qui complète sans dénaturer, qui admet sans mauvaise foi : l’idéal !

Pourquoi a-t-il fallu s’en détourner ? Pourquoi Augustin a-t-il changé d’avis ? Pourquoi a-t-on sanctifié un relapse ? Comme Jeanne d’Arc, elle aussi relapse et sainte…

Relapse ? Retombé(e) dans une hérésie, après l’avoir abjurée. Jeanne d’Arc fut brûlée comme relapse.

 

Zoroastre, Bouddha, Jésus, unis sous une même bannière. Bien joué Manès !

 

L’héritier auto-proclamé

C’est en 240 que Manès, ayant fait l’objet d’une révélation qui l’institue héritier de la mission commune à Zoroastre, Bouddha et Jésus, se proclame détenteur de la révélation divine. Il est le « dernier prophète » et commence son activité missionnaire : Mahomet s’inscrira dans la même idée. C’est ainsi qu’il enseigne l’existence de deux mondes, de deux principes : celui du bon et celui du mauvais, le bon étant, comme toujours, le monde spirituel. 

Ces deux principes s’étant mêlé en l’homme depuis les origines, le salut de ce dernier consiste à atteindre le principe du  bon en se détachant, par l’ascétisme, des contraintes corporelles — le corps faisant office de prison ; conception très proche du bouddhisme.

 

Jean-Baptiste Noé
professeur et géopolitologue

rédacteur en chef de Conflits.

 

Dans la religion de Manès, apparaissent dès lors deux sortes de fidèles : ceux qui, encore attachés au monde, ne pourront se sauver qu’au terme de plusieurs réincarnations ; et les purs, les  « élus », dont l’ascétisme poussés à l’extrême leur fait même renoncer à donner la vie.

Ceux-là, c’est sûr, seront sauvés juste après leur mort. À la fin du monde, conclut Manès, la lutte des deux principes dégénèrera en une lutte générale qui ravagera le monde près de mille cinq cents années durant, à la suite de quoi le principe du mal sera définitivement séparé de celui du bien.

La religion manichéenne, qui fait figure de réceptacle universel, de religion universelle, ne survivra que peu à la mort de son fondateur, en 275. Combattue par les théologiens chrétiens tels que saint Augustin, elle verra également ses membres persécutés, notamment à Babylone par le pouvoir sassanide.

Elle ne s’éteindra cependant pas complètement et, quelques siècles plus tard, on retrouvera les traits les plus caractéristiques de sa doctrine dans d’autres hérésies, comme celle des cathares. (Jean-Baptiste Noé) 

 

Fortement combattu

Dès son arrivée en Occident, cette religion connaît un important développement qui continue jusqu’au IVe siècle, date de son déclin, car elle est alors fortement combattue par l’église chrétienne et les empereurs romains.

Parmi les célèbres chrétiens autrefois manichéens, citons Saint Augustin, qui fut pendant neuf ans un manichéiste fervent, puis, après sa conversion au christianisme, l’un des importants critiques de la doctrine de Manès. Ses écrits sur le manichéisme constituent une excellente source d’étude sur cette religion pour les chercheurs contemporains.

 

L’Adam de Sumer

 

La création selon Sumer

 

La création selon les Hindous

 

La création selon les Celtes

 

La création selon les Hébreux

 

La création selon les Grecs

 

La création selon Eden Saga

 

Manès enseignant un prince persan

 

Sens actuel

De nos jours et avec un sens péjoratif, le manichéisme est la pensée ou l’attitude de ceux qui, sans nuances, considèrent que toute chose peut être catégorisée et jugée en termes de Bien et de Mal, de bon et de mauvais et que tout est soit blanc ou soit noir. Ce qui, on s’en doute, est plutôt vexant pour les Jaunes.

Trève de vanne, il est étrange de se dire qu’après avoir été nos maîtres respectés et vénérés, les Noirs sont devenus esclaves des Blancs, vendus par les Arabes. Il est tout aussi incongru de constater que la race blanche, dernière créée par les manips génétiques des aliens séthiens de Sumer, a l’orgueil puéril de se considérer comme l’élite planétaire. Et croyez-moi, on n’en a pas fini avec ses rivalités qui se poursuivent et s’accentuent même sans le moindre substrat génétique.

 

*

 

Le manichéisme est une simplification extrême de la complexité du réel qui est réduit à une opposition entre deux termes antagonistes. C’est ainsi qu’on évoque le manichéisme sous la Guerre froide, ou celui de Sarkozy, de Mélanchon, de Poutine, de Trump… Pourquoi s’arrêter si vite ?

L’adjectif manichéen qualifie ce qui est relatif au manichéisme, ce qui analyse de manière caricaturale les rapports sociaux ou politiques comme un combat du Bien contre le Mal. (source)

 

Sagesse asiatique

 

Jiddu Krishnamurti

C’est la vérité qui libère, et non les efforts qu’on fait pour être libre.

Jiddu Krishnamurti

 

Bibliographie

 G.Widengren, Les religions de l’Iran, Payot, 1999.
 Michel Tardieu, Le manichéisme, Paris, Presses Universitaires de France, Que sais-je ? 1981.
 François Décret, Mani et la tradition manichéenne, Paris, Seuil, 2005.
 Amin Maalouf, Les jardins de Lumière, Paris, JC Lattès, 1991.
Jean-Baptiste Noé pdf
Anna Van den Kerchove, Institut Protestant de Théologie
La Toupie, dictionnaire en ligne
Institut Panislamique de Téhéran (source non sécurisée)

 

Le guerrier agit. Toujours. Mais il n’attend jamais de résultat de son action.
Carlos Castaneda